Collège de sociocritique de Montréal


 

Colloque «Écritures hors foyer.

Comment penser la littérature actuelle ?»


Université de Montréal
26 octobre 2001


Actes

Brissette, Pascal, Paul Choinière, Guillaume Pinson et Maxime Prévost (édit.), Écritures hors-foyer. Actes du Ve Colloque des jeunes chercheurs en sociocritique et en analyse du discourset du colloque «Écritures hors-foyer : comment penser la littérature actuelle ?». 25 et 26 octobre 2001, Université de Montréal, Montréal, Université McGill, Chaire James McGill de langue et littérature françaises, coll. «Discours social / Social Discourse», nouvelle série / New Series, 7, 2002, 222 p.

Table des matières


Texte d'orientation

Retour au social : programme vaste, embrassant le politique mais transcendant la politique ? Ce retour au social que prônent plusieurs écrivains actuels (Houellebecq et Despentes en France, Tom Wolfe et Brett Easton Ellis aux États-Unis) débouche sur une interrogation fondamentale : retour au social certes, mais à quel social ? Au cours des années 1930, la «critique au service de la Révolution» et les diktats du réalisme socialiste amalgamaient spontanément réalisme littéraire et foi révolutionnaire. Aujourd'hui, l'écriture de Virginie Despentes, d'Easton Ellis, parmi tant d'autres, est certes réaliste et décrit résolument le social : peut-elle pour autant être amalgamée à la gauche politique ?

Comment penser la littérature actuelle ? Tout se passe en fait comme si les écrivains actuels, après des décennies de recherche formaliste, cherchaient à se refaire une popularité. Le mouvement actuel de la littérature scandaleuse (celle qui se fait un devoir de choquer : Baise-moi, 99 Francs) et des littératures «journalistiques» (Tom Wolfe, Thomas Harris, Michael Connelly sont des transfuges du journalisme, et ces deux derniers du journalisme criminel) n'a-t-il pas pour but premier de rompre avec le formalisme ? Mais la rupture de cette nouvelle littérature «populaire» (revendiquant néanmoins avec force son statut littéraire) d'avec la littérature pour les littérateurs (celle du fameux «pôle de production restreinte» bourdieusien), et la dévalorisation dont cette littérature pour littérateurs est frappée (voir le texte lapidaire de Tom Wolfe, «My Three Stooges», dans Hooking Up), coïncident-ils pour autant avec un renouveau de l'engagement ? Si oui, nous serions en train d'assister aux retrouvailles jubilatoires de l'écrivain et du public. Cet écrivain, de nouveau en parfaite possession d'un langage instrument (un langage ayant prise sur le monde), serait en mesure d'indiquer les «sources du mal» (l'«empire du bien» pour Philippe Muray, le politiquement correct et l'idéologie du «sympa» pour Renaud Camus, la «manufacture du consentement» pour Chomsky, le «libéralisme érotique» pour Houellebecq), de même que les formes de sa propagation.

L'écrivain actuel est-il celui qui oppose une mission à la démission des ses prédécesseurs qui, désertant le monde, ont abandonné le sens au journalisme et les rennes de la société aux politiciens et aux financiers ? En replongeant dans le social, en le représentant sous son jour le plus terrible (on songe au totalitarisme festocratique de Muray, à l'«horreur économique» de Viviane Forrester, au paradis du kitsch de Milan Kundera), l'écrivain exécuterait un retour fracassant sur la scène du monde. Un monde à désenchanter à tout prix ?

Écritures hors foyer, ne pouvant plus être comprises à l'aune des catégories esthétiques et politiques du siècle passé ? Si tel est le cas, il s'agira de se munir de nouveaux outils pour appréhender l'imaginaire actuel.


Programme


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