FRA 1003, Histoire de la littérature, 2003-2004

Benoît Melançon, Département d'études françaises, Université de Montréal


Séance du 10 février 2004


1. Qu'est-ce qu'un classique en histoire de la littérature ?


Plan


Introduction : du classicisme comme construction

1. Les classiques et le passé

Voir la «Liste des cent plus grandes œuvres littéraires de l’histoire», 2002, de l'Association norvégienne des clubs de lecture

Voir la liste des lecteurs du journal la Presse

2. Les classiques et l’enseignement
Les «classiques» selon le Département d’études françaises :

Molière, le Tartuffe;

Racine, Phèdre;

Voltaire, Candide;

Rousseau, les Rêveries du promeneur solitaire;

Musset, Lorenzaccio;

Balzac, le Père Goriot;

Baudelaire, les Fleurs du mal;

Proust, Du côté de chez Swann;

Roy, Bonheur d'occasion;

Hébert, Poèmes.

3. Les classiques et les lieux communs

4. Les classiques et la (re)lecture

Lecteurs

Critiques

Éditeurs

Synthèse partielle : un classique est une œuvre toujours précédée d’un discours sur elle.

5. Les classiques, la réécriture et l’adaptation

Suites

Traductions

Adaptations

6. Les classiques et l’histoire de la littérature
Nature du classicisme «à la française»

Le cas Voltaire

Les quatre périodes historiques mises en lumière par Daniel Milo

7. Des classiques québécois ?

Conclusion : Candide classique


Exemples


«Cultiver son jardin de marijuana en espérant seulement qu’on sera mort avant la fin du monde» (Frédéric Beigbeder, 99 francs, Paris, Bernard Grasset, 2000, 281 p., p. 34. [UDM / BLSH / PQ 2662 E43 Q38 2000]).

«Finie la jeunesse. En ces temps-là, déjà, la fortune était sous le pot, à la maison, pour le retour du tour du monde. Elle y est encore. Le vieux loufiat est maintenant à la retraite, le héros à bout d’exploits, le savant cultive son jardin. La vie de château» (Michel Serres, «Rires : les bijoux distraits ou la cantatrice sauve», dans Hermès II. L’interférence, Paris, Éditions de minuit, coll. «Critique», 1972, p. 223-236, p. 223-224. [UDM / BLSH / P 91 S475]).

«Il guida Max vers un minuscule cottage de type anglo-saxon flanqué d’un jardinet foisonnant de roses et d’anémones, de phlox et de nigelles, de cléomes et de pavots, sous les arcs-en-ciel fugitifs que déployait le système d’arrosage automatique, à l’ombre des lentisques et des liquidambars. Mais regardez-moi ça comme c’est joli, s’émerveilla Béliard, ils peuvent même cultiver leur jardin. Et puis il y a des arbres fruitiers tant qu’on veut dans le parc, voyez-vous, on peut tranquillement manger de tout. Enfin, quand je dis de tout, à vrai dire c’est surtout de la papaye, hein. C’est qu’il n’y a pratiquement pas de saisons ici, n’est-ce pas, le climat est idéal» (Jean Échenoz, Au piano, Paris, Éditions de Minuit, 2003, 222 p., p. 140-141. [UDM / BLSH / En traitement]).


«Comme Candide au champ de bataille. Tout le monde, aux Ressources humaines, était au courant des colossales erreurs administratives, sauf… la ministre Jane Stewart», la Presse, 6 juin 2000, p. B1. [UDM / BLSH / Médiathèque]

«David doit rentrer. Il a rendez-vous à Paris, demain matin, pour un téléfilm dans lequel il doit jouer son rôle de Candide américain découvrant la France moderne […]» (Benoît Duteurtre, le Voyage en France, Paris, Gallimard, 2001, 295 p., p. 180).

«Candide : Équivalent d’imbécile» (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, chronologie et préface par Jacques Suffel, Paris, Garnier-Flammarion, coll. «GF», 103, 1966, 378 p., p. 371).


Louis Fréchette, la Légende d’un peuple, 1887, «Troisième époque», «Sous la statue de Voltaire»

«[…]
Et dis-moi maintenant, de ta voix satanique,
Qui crut pouvoir flétrir par sa verve cynique,
Dans un libelle atroce, ignoble, révoltant,
L’héroïne que tout bon Français aime tant !
De ta voix qui, mêlant l’ironie à l’astuce,
Raillait la France afin de mieux flatter la Prusse,
Et qui savait si bien, ô galant troubadour,
En huant Jeanne d’Arc chanter la Pompadour !
Dis-moi, de cette voix tant de fois sacrilège,
Ce que valaient pourtant quelques arpents de neige !»

(Louis Fréchette, la Légende d’un peuple, introduction de Claude Beausoleil, Trois-Rivières, Écrits des forges, 1989, 281 p., p. 249. [UDM / BLSH / PS 8461 R43 L4 1989])

«Voltaire (au Roi)

Mais laissez donc aller quelques arpents de neige»

(révérend Moïse-Joseph Marsile, Lévis ou Abandon de la Nouvelle-France. Drame historique en cinq actes, Montréal, C.-O. Beauchemin & fils, libraires-éditeurs, 1902, vi/148 p., p. 52. [UDM / BLSH / Dépôt central / 848.1 M372le]).

«Pour quelques arpents de chiffons rouges», le Devoir, 29 janvier 2001, p. A1. [UDM / BLSH / Médiathèque]

Curzi, Pierre et Denise Bombardier, «Quelques arpents de neige, vraiment ?», le Devoir, 30 octobre 2001, p. A7. [UDM / BLSH / Médiathèque]

«On apprend aussi que la vieille croyance populaire voulant que les U.S. of A. n’aient strictement rien à cirer de ce que le Canada pense et ne sachent même pas où sont situés ces bondance d’arpents de glace est vraie, quoique seulement à moitié par les temps qui courent à leur perte» (Jean Dion, «Hue, cocotte !», le Devoir, 25 mars 2003, p. B6). [UDM / BLSH / Médiathèque]


Hamlet (acte III, scène i)

William Shakespeare (~1601) : «To be, or not to be—that is the question :
Whether ‘tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them»
(William Shakespeare, Shakespeare. Seven Plays. The Songs. The Sonnets. Selections from the Other Plays, Penguin Books, coll. «The Viking Portable Library», 1980, viii/792 p., p. 57. [UDM / BLSH / PR 2759 V55 1944]).

Voltaire (1734) : «Demeure; il faut choisir, et passer à l’instant
De la vie à la mort, ou de l’être au néant»
(Lettres philosophiques, chronologie et préface par René Pomeau, Paris, GF-Flammarion, coll. «GF», 15, 1964, 188 p., lettre XVIII, p. 122. [UDM / BLSH / PQ 2086 L4 1964]).

Pierre-Antoine de La Place (1745) : «Être, ou n’être plus ? arrête, il faut choisir !… Est-il plus digne d’une grande âme, de supporter l’inconstance, & les outrages de la fortune, que de se révolter contre les coups ?… Mourir… Dormir… Voilà tout»
(William Shakespeare, le Théâtre anglois, Paris [Londres], 1745-1746, 4 vol. in-12, vol. II, Richard III. Hamlet. Macbeth, 1745, p. 333).

Jean-François Ducis (1769) : «Je ne sais que résoudre… immobile et troublé…
C’est rester trop longtemps de mon doute accablé;
C’est trop souffrir la vie et le poids qui me tue.
Hé ! qu’offre donc la mort à mon âme abattue ?»
(cité dans Michel Delon et Pierre Malandain, Littérature française du XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Premier cycle», 1996, x/521 p., p. 422. [UDM / BLSH / PQ 261 D45 1996]).

Pierre Le Tourneur (1776-1783) : «Être ou ne pas être ! c’est là la question..... S’il est plus noble à l’âme de souffrir les traits poignants de l’injuste fortune, ou, se révoltant contre cette multitude de maux, de s’opposer au torrent, et les finir ?»
(William Shakespeare, Œuvres choisies de Shakespeare traduites par M. Le Tourneur et augmentées d’une préface par M. Dupontacq, prof. Jules César, Hamlet et Macbeth, Paris, Berche et Tralin, éditeurs, coll. «Bibliothèque des chefs-d’œuvre», 1881, 304 p., p. 154-155).


Italo Calvino


Calvino, Italo, «Pourquoi lire les classiques» (1981), dans Pourquoi lire les classiques, Paris, Seuil, coll. «La librairie du XXe siècle», 1993, 245 p., p. 7-14. Traduction de Michel Orcel et François Wahl. [UDM / BLSH / PN / 85 / C2412 / 1993]

1. Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : «Je suis en train de le relire…» et jamais : «Je suis en train de le lire» (p. 7).

2. Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais la richesse n’est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter (p. 8).

3. Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel (p. 8).

4. Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture (p. 9).

5. Toute première lecture d’un classique est en réalité une relecture (p. 9).

6. Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire (p. 9).

7. Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu’ils ont laissée dans la ou les cultures qu’ils ont traversées (ou, plus simplement, dans le langage et les mœurs) (p. 9).

8. Un classique est une œuvre qui provoque sans cesse un nuage de discours critiques, dont elle se débarrasse continuellement (p. 10).

9. Les classiques sont des livres que la lecture rend d’autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu’on a cru les connaître par ouï-dire (p. 10).

10. On appelle classique un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers (p. 11).

11. Notre classique est celui qui ne peut pas nous être indifférents et qui nous sert à nous définir nous-même par rapport à lui, éventuellement en opposition à lui (p. 11).

12. Un classique est un livre qui vient avant d’autres classiques; mais quiconque a commencé par lire les autres et lit ensuite celui-là reconnaît aussitôt la place de ce dernier dans la généalogie (p. 11).

13. Est classique ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur (p. 12).

14. Est classique ce qui persiste comme rumeur de fond, là même où l’actualité qui en est la plus éloignée règne en maître (p. 12).


Bibliographie


Calvino, Italo, «Pourquoi lire les classiques» (1981), dans Pourquoi lire les classiques, Paris, Seuil, coll. «La librairie du XXe siècle», 1993, 245 p., p. 7-14. Traduction de Michel Orcel et François Wahl. [UDM / BLSH / PN / 85 / C2412 / 1993]

Calvino, Italo, «“Candide” ou la vélocité», dans la Machine littérature, Paris, Seuil, coll. «Pierres vives», 1984, p. 142-145. Texte de 1974. Traduction de Michel Orcel et François Whal. [UDM / BLSH / PN / 58 / C2512 / 1984]

Mailhot, Laurent, «Classiques canadiens, 1760-1960», Études françaises, 13, 3-4, octobre 1977, p. 263-268. Repris dans Ouvrir le livre, Montréal, l’Hexagone, coll. «Essais littéraires», 14, 1992, p. 45-57. [UDM / BLSH / PER]

Milo, Daniel, «Les classiques scolaires», dans Pierre Nora (édit.), les Lieux de mémoire II. La nation ***, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque illustrée des histoires», 1986, p. 517-562. Ill. [UDM / BLSH / DC/ 251 / L54 / 1984 / v. 2 / t. 3]

Rustin, J., «Les “Suites” de Candide au XVIIIe siècle», Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 90, 1972, p. 1395-1416. [UDM / BLSH / PER]

Thacker, Christopher, «Son of Candide», Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 58, 1967, p. 1515-1531. [UDM / BLSH / PER]

Vercruysse, Jeroom, «Les enfants de Candide», dans Jean Macary (édit.), Essays on the Age of Enlightenment in Honor of Ira O. Wade, Genève-Paris, Droz, coll. «Histoire des idées et critique littéraire», 164, 1977, p. 369-376. [UDM / BLSH / PQ / 263 / E88]

Vachon, G.-André, «Une tradition à inventer», dans Littérature canadienne-française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Conférences J.-A. de Sève», 1969, p. 267-289. [UDM / BLSH / Z / 1377 / F7 / L58; UDM / BLSH / 848.0904 / L777]

Viala, Alain, «Qu'est-ce qu'un classique ?», Bulletin des bibliothèques de France, 37, 1, 1992, p. 6-15. [UDM / EBSI / PER]


Une curiosité (en anglais)

Devenez un personnage d'une œuvre classique : <http://www.customizedclassics.com/>.


2. Mémoire féminine, écriture des femmes et histoire de la littérature (présentation d'Andrea Oberhuber)


Plan


Introduction

Christine de Pisan, la Cité des dames, 1405

«Mais la lecture de ce livre, quoiqu’il ne fasse aucunement autorité, me plongea dans une rêverie qui me bouleversa au plus profond de mon être. Je me demandais quelles pouvaient être les causes et les raisons qui poussaient tant d’hommes, clercs et autres, à médire des femmes et à vitupérer leur conduite soit en paroles, soit dans leurs traités et leurs écrits. Il n’y va pas seulement d’un ou deux hommes, ni même de ce Mathéole, qui se saurait prendre rang parmi les savants, car son livre n’est que raillerie; au contraire, aucun texte n’en est entièrement exempt. Philosophes, poètes et moralistes — et la liste en serait bien longue —, tous semblant parler d’une même voix pour conclure que la femme est foncièrement mauvaise et portée au vice.

Retournant attentivement ces choses dans mon esprit, je me mis à réfléchir sur ma conduite, moi qui suis née femme; je pensais aussi aux nombreuses autres femmes que j’ai pu fréquenter, tant princesses et grandes dames que femmes de moyenne et petite condition, qui ont bien voulu me confier leurs pensées secrètes et intimes; je cherchais à déterminer en mon âme et conscience si le témoignage réuni de tant d’hommes illustres pouvait être erroné. Mais j’eus beau tourner et retourner ces choses, les passer au crible, les éplucher, je ne pouvais ni comprendre ni admettre le bien-fondé de leur jugement sur la nature et la conduite des femmes. Je m’obstinais par ailleurs à accuser celles-ci, me disant qu’il serait bien improbable que tant d’hommes illustres, tant de grands docteurs à l’entendement si haut et si profond, si clairvoyants en toutes choses — car il me semble que tous l’aient été —, aient pu parler de façon aussi outrancière, et cela en tant d’ouvrages qu’il m’était quasiment impossible de trouver un texte moral, quel qu’en fût l’auteur, où je ne tombe sur quelque chapitre ou paragraphe blâmant les femmes, avant d’en achever la lecture. Cette seule raison suffisait à me faire conclure qu’il fallait bien que tout ceci fût vrai, même si mon esprit, dans sa naïveté et son ignorance, ne pouvait se résoudre à reconnaître ces grands défauts que je partageais vraisemblablement avec les autres femmes. Ainsi donc, je me rapportais plus au jugement d’autrui qu’à ce que je sentais et savais dans mon être de femme.

J’étais plongée si profondément et si intensément dans ces sombres pensées qu’on aurait pu me croire tombée en catalepsie. C’était une fontaine qui sourdait : un grand nombre d’auteurs me remontaient en mémoire; je les passai en revue les uns après les autres, et je décidai à la fin que Dieu avait fait une chose bien abjecte en créant la femme. Je m’étonnais qu’un si grand ouvrier eût pu consentir à faire un ouvrage si abominable, car elle serait, à les entendre, un vase recelant en ses profondeurs, tous les maux et tous les vices. Toute à ces réflexions, je fus submergée par le dégoût et la consternation, me méprisant moi-même et le sexe féminin tout entier, comme si la Nature avait enfanté des monstres.»

(Christine de Pisan, le Livre de la Cité des dames, Paris, Stock, coll. «Moyen Âge», 1986, 291 p. Traduction, introduction par Éric Hicks et Thérèse Moreau. [UDM / BLSH / PQ / 1575 / C5 / 1986])

1. L’écriture des femmes d’un point de vue historique (et contemporain ?)

• Une entreprise difficile
• Le désir d’écrire et la marginalité
• L’hostilité de la société à l’égard de la «femme auteur»

2. Historiographie littéraire et mémoire féminine

• «Au théâtre de la mémoire, les femmes sont ombre légère» (Michelle Perrot, 1998).
• Mémoire féminine et mémoire collective
• Le problème de l’histoire de la littérature face au canon : le cas Pisan

3. Regards croisés

• Études ponctuelles
• Marginalisation, appréciation et jugements subjectifs
• Ouverture aux nouvelles approches et méthodes
• Le piège du genre


Citations

1. Proudhon sur la femme auteur

«La femme auteur n’existe pas; c’est une contradiction. Le rôle de la femme dans les lettres est le même que dans la manufacture; elle sert là où le génie n’est plus de service, comme une broche ou une bobine.»

2. Frédéric Mason à propos d’Anna de Noailles

«Devant ces poèmes dont certains sont près du chef-d’œuvre, est-il permis de penser qu’il eût été digne de l’auteur de se conformer entièrement aux règles de la prosodie du pays qu’elle adopta ?»

3. Balzac, Lettres à Madame Hanska

«J’aime beaucoup qu’une femme écrive, mais il faut, comme vous l’avez fait, qu’elle brûle ses œuvres.»

4. Laure Surville à une amie de province (1832)

«Les écrits de femme, qui pleuvent comme grêle de notre temps, me rendent confuse de ma qualité de femme. C’est d’une médiocrité à dégoûter de l’espèce, et plus que jamais je trouve que la réputation de femme auteur n’est point désirable, car elle donne un brevet d’incapacité bien plus souvent que d’éternité ! Même dans ce cas, cette réputation n’est bonne que dans le passé. De notre vivant, elle nous isole de notre sphère, de nos affections, de notre genre; nous devenons ni homme ni femme. Que pensez-vous de tout ceci ? Notre mission est si belle ailleurs !»

5. Gustave Lanson à propos de Christine de Pisan (1912)

«Le XVe siècle continue et développe les caractères du XIVe : épuisement, dissolution, ou monstrueuse déviation des principes vitaux du moyen âge, intermittente et comme inquiète éclosion de quelques bourgeons nouveaux, effort incomplet et encore entravé des formes futures vers la vie.

1. Charles d’Orléans

Les premières années du règne de Charles VII appartiennent surtout au groupe des humanistes qui commencent à épeler avec un accent nouveau les auteurs tant de fois compilés et cités par le pédantisme des siècles précédents. Ne nous arrêtons pas à l’excellente Christine Pisan, bonne fille, bonne épouse, bonne mère, du reste un des plus authentiques bas-bleus [une pédante] qu’il y ait dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte, et qui pendant toute la vie que Dieu leur prête, n’ont affaire que de multiplier les preuves de leur infatigable facilité, égale à leur universelle médiocrité. Il faut l’estimer, étant Italienne, d’avoir eu le cœur français, et d’avoir rendu un dévouement sincère et désintéressé aux rois et au pays dont longtemps les bienfaits l’avaient nourrie; le cas n’est pas si fréquent. Elle y a gagné du reste d’avoir écrit dans de beaux élans d’affection émue cinq ou six strophes ou pages qui méritent de vivre. Cette Italienne qui sait le latin a quelque souci de la phrase, et quelque sentiment des beaux développements largement étoffés» (Gustave Lanson, «Le quinzième siècle (1420-1515)», dans  Histoire de la littérature française, Paris, Librairie Hachette, 1912 (douzième édition revue), xviii/1204 p., p. 166-167 [UDM / BLSH / 840.9 / L295h / 1912]).


Bibliographie


Brossard, Nicole et Lisette Girouard (édit.), Anthologie de la poésie des femmes au Québec, Montréal, Éditions du Remue-ménage, coll. «Connivences», 1991, 379 p. [UDM / BLSH / PS / 8295.5 / Q4 / A58 / 1991]; Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2003 (nouvelle édition), 480 p. [UDM / BLSH / PS / 8295.5 / Q4 / A58 / 2003].

Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Quinze, coll. «Idéelles», 1982, 521 p. [UDM / BLSH / HQ / 1459 / Q4 / C65 / 1982]; Montréal, Le Jour, 1992 (édition entièrement revue et mise à jour), 646 p. [UDM / BLSH / HQ / 1459 / Q4 / C65 / 1992].

Didier, Béatrice, l'Écriture-femme, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Écriture», 1981, 286 p. [UDM / BLSH / PN / 472 / D53]

Holmes, Diana, French Women’s Writing : 1848-1994, Londres, The Athlone Press, coll. «Women in Context», 1996, xviii/320 p. [UDM / BLSH / PQ / 149 / H645 / 1996]

Ozouf, Mona, les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Paris, Fayard, coll. «L'esprit de la cité», 1995, 397 p. [UDM / BLSH / PQ / 149 / O98 / 1995]

Perrot, Michelle, les Femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 1998, xvi/493 p. [UDM / BLSH / HQ / 1121 / P47 / 1998]

Planté Christine, la Petite Sœur de Balzac : essai sur la femme auteur, Paris, Seuil, coll. «Libre à elles», 1989, 374 p. Épuisé. [UDM / BLSH / PQ / 149 / P55 / 1989]

Saint-Martin, Lori, Contre-voix : essais de critique au féminin, Québec, Nuit blanche, coll. «Essais critiques», 1997, 294 p. [UDM / BLSH / PS / 8089.5 / F4 / S25 / 1997]

Stephens, Sonya (édit.), A History of Women’s Writing in France, Cambridge, New York, Melbourne et Madrid, Cambridge University Press, 2000, ix/314 p. [UDM / BLSH / PQ / 149 / H57 / 2000]

Thébaud, Françoise (édit.), Histoire des femmes en Occident. 5, Le XXe siècle, Paris, Plon, 1992, 646 p. Rééd. : Paris, Plon, 1997; Paris, Perrin, coll. «Tempus», 2002. [UDM / BLSH /  HQ / 1121 / S8612 / 1991 / v. 5]


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