FRA 1003, Histoire de la littérature, 2001-2002

Benoît Melançon, Département d'études françaises, Université de Montréal


Séance du 12 février 2002


1. Qu'est-ce qu'un classique en histoire de la littérature ?


Plan


Introduction : du classicisme comme construction

1. Les classiques et le passé

2. Les classiques et l’enseignement

3. Les classiques et les lieux communs

4. Les classiques et la (re)lecture

Synthèse partielle

5. Les classiques et la réécriture

6. Les classiques et l’édition

7. Les classiques et la critique littéraire

8. Les classiques et l’adaptation

9. Les classiques et l’histoire de la littérature

10. Des classiques québécois ?

Conclusion : Candide classique


Exemples


«Cultiver son jardin de marijuana en espérant seulement qu’on sera mort avant la fin du monde» (Frédéric Beigbeder, 99 francs, Paris, Bernard Grasset, 2000, 281 p., p. 34).

«Pour quelques arpents de chiffons rouges», le Devoir, 29 janvier 2001, p. A1.

Curzi, Pierre et Denise Bombardier, «Quelques arpents de neige, vraiment ?», le Devoir, 30 octobre 2001, p. A7.

«Comme Candide au champ de bataille. Tout le monde, aux Ressources humaines, était au courant des colossales erreurs administratives, sauf… la ministre Jane Stewart», la Presse, 6 juin 2000, p. B1.

«Candide : Équivalent d’imbécile» (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, chronologie et préface par Jacques Suffel, Paris, Garnier-Flammarion, coll. «GF», 103, 1966, 378 p., p. 371).

Hamlet (~1601, III, i) : «To be or not to, that is the question».

Voltaire (1734) : «Demeure; il faut choisir, et passer à l’instant
De la vie à la mort, ou de l’être au néant»
(Lettres philosophiques, chronologie et préface par René Pomeau, Paris, GF-Flammarion, coll. «GF», 15, 1964, 188 p., lettre XVIII, p. 122).

Ducis (1769) : «Je ne sais que résoudre… immobile et troublé…
C’est rester trop longtemps de mon doute accablé;
C’est trop souffrir la vie et le poids qui me tue.
Hé ! qu’offre donc la mort à mon âme abattue ?»
(cité dans Michel Delon et Pierre Malandain, Littérature française du XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Premier cycle», 1996, x/521 p., p. 422).

Le Tourneur (1776-1783) : «Être ou ne pas être ! c’est là la question..... S’il est plus noble à l’âme de souffrir les traits poignants de l’injuste fortune, ou, se révoltant contre cette multitude de maux, de s’opposer au torrent, et les finir ?»
(William Shakespeare, Œuvres choisies de Shakespeare traduites par M. Le Tourneur et augmentées d’une préface par M. Dupontacq, prof. Jules César, Hamlet et Macbeth, Paris, Berche et Tralin, éditeurs, coll. «Bibliothèque des chefs-d’œuvre», 1881, 304 p., p. 154-155).


Italo Calvino


Calvino, Italo, «Pourquoi lire les classiques» (1981), dans Pourquoi lire les classiques, Paris, Seuil, coll. «La librairie du XXe siècle», 1993, 245 p., p. 7-14. Traduction de Michel Orcel et François Wahl.

1. Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : «Je suis en train de le relire…» et jamais : «Je suis en train de le lire» (p. 7).

2. Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés; mais la richesse n’est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter (p. 8).

3. Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel (p. 8).

4. Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture (p. 9).

5. Toute première lecture d’un classique est en réalité une relecture (p. 9).

6. Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire (p. 9).

7. Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu’ils ont laissée dans la ou les cultures qu’ils ont traversées (ou, plus simplement, dans le langage et les mœurs) (p. 9).

8. Un classique est une œuvre qui provoque sans cesse un nuage de discours critiques, dont elle se débarrasse continuellement (p. 10).

9. Les classiques sont des livres que la lecture rend d’autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu’on a cru les connaître par ouï-dire (p. 10).

10. On appelle classique un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers (p. 11).

11. Notre classique est celui qui ne peut pas nous être indifférents et qui nous sert à nous définir nous-même par rapport à lui, éventuellement en opposition à lui (p. 11).

12. Un classique est un livre qui vient avant d’autres classiques; mais quiconque a commencé par lire les autres et lit ensuite celui-là reconnaît aussitôt la place de ce dernier dans la généalogie (p. 11).

13. Est classique ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur (p. 12).

14. Est classique ce qui persiste comme rumeur de fond, là même où l’actualité qui en est la plus éloignée règne en maître (p. 12).


Bibliographie


Calvino, Italo, «Pourquoi lire les classiques» (1981), dans Pourquoi lire les classiques, Paris, Seuil, coll. «La librairie du XXe siècle», 1993, 245 p., p. 7-14. Traduction de Michel Orcel et François Wahl.

Calvino, Italo, «“Candide” ou la vélocité», dans la Machine littérature, Paris, Seuil, coll. «Pierres vives», 1984, p. 142-145. Texte de 1974. Traduction de Michel Orcel et François Whal.

DeJean, Joan, «1700. Classics in the Making», dans Denis Hollier (édit.), A New History of French Literature, Londres et Cambridge, Harvard University Press, 1989, p. 391-396.

Milo, Daniel, «Les classiques scolaires», dans Pierre Nora (édit.), les Lieux de mémoire II. La nation ***, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque illustrée des histoires», 1986, p. 517-562. Ill.

Remnick, David, «The Sporting Scene. Kid Dynamite Blows Up», The New Yorker, 73, 19, 14 juillet 1997, p. 46-59. (Sur Mike Tyson et Voltaire, voir p. 46.)

Rustin, J., «Les “Suites” de Candide au XVIIIe siècle», Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 90, 1972, p. 1395-1416.

Thacker, Christopher, «Son of Candide», Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 58, 1967, p. 1515-1531.

Vercruysse, Jeroom, «Les enfants de Candide», dans Jean Macary (édit.), Essays on the Age of Enlightenment in Honor of Ira O. Wade, Genève-Paris, Droz, coll. «Histoire des idées et critique littéraire», 164, 1977, p. 369-376.

Viala, Alain, «Qu'est-ce qu'un classique ?», Bulletin des bibliothèques de France, 37, 1, 1992, p. 6-15.


2. Histoire littéraire et écriture féminine : quelques pistes bibliographiques


Abélard et Héloïse. Correspondance, Paris, Union générale d’éditions, coll. «10/18», 1309, série «Bibliothèque médiévale», 1979, 209 p. Texte traduit et présenté par Paul Zumthor.

Aubaud, Camille, Lire les femmes de lettres, Paris, Dunod, 1993, ix/276 p.

Belen [Nelly Kaplan], «Je vous salue, maris», dans le Réservoir des sens, Paris, la Jeune Parque, 1966, 148 p. Illustrations d'André Masson.

Boccace, De Mulieribus claris, ~ 1361.

Butler, Judith, Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity, New York, Routledge, 1990, xiv/172 p. Rééd. : 1999.

Didier, Béatrice, l’Écriture-femme, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Écriture», 1981, 286 p.

Écrivaines françaises et francophones, Paris, Association pour le rayonnement des langues européennes, coll. «Europe plurilingue», mars 1997, 300 p.

Gouges, Olympe de, «Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne», 1792, reproduit dans Opinions de femmes de la veille au lendemain de la Révolution française, Paris, Côté-femmes éditions, 1989, 176 p. Préface de Geneviève Fraisse.

Holmes, Diana, French Women's Writing 1848-1994, Londres et Atlantic Highlands (NJ), Athlone, coll. «Women in Context», 1996, xviii/320 p.

Houssin, Monique et Élisabeth Marsault-Loi (édit.), Écrits de femmes en prose et en poésie de l'Antiquité à nos jours, Paris, Messidor, 1986, 239 p.

Lanson, Gustave, Histoire de la littérature française, Paris, Hachette, 1895, xvi/1158 p.

Petit de Julleville, Louis, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, Paris, Colin, 1896, 8 vol. Ill. Préface de Gaston Paris.

Pisan, Christine de, «La cité des dames», 1405.

Saint Paul, «Première épître aux Corinthiens».

Stephens, Sonya (édit.), A History of Women's Writing in France, Cambridge, New York, Melbourne et Madrid, Cambridge University Press, 2000, ix/314 p.

Woolf, Virginia, «Une chambre à soi», 1929.


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