FRA 1003, Histoire de la littérature, 2002-2003

Benoît Melançon, Département d'études françaises, Université de Montréal


Séance du 17 septembre 2002


Questions et commentaires sur la séance du 3 septembre


I. Quelle est l’histoire de l’histoire de la littérature ? (suite et fin)

Plan

Le plan du début de cette présentation se trouve ici.

2. Le XXe siècle
 
1. Gustave Lanson (1857-1934), et après
 
1. L’histoire de la littérature et l’histoire de la civilisation
2. L’histoire de la littérature et son objet
3. L’histoire de la littérature et la méthode scientifique
4. L’histoire de la littérature et la sociologie
5. L’histoire de la littérature et ses savoirs
6. L’histoire de la littérature et l’impressionnisme
2. La crise structuraliste

3. Aujourd’hui
 

1. La persistance de l’histoire de la littérature
2. Le succès de l’histoire
3. De nouvelles techniques
4. De nouvelles approches
5. De nouveaux objets
6. Le retour du balancier
Conclusion


II. Le Moyen Âge

Plan

Introduction

1. Découpage chronologique
 

a. Les limites chronologiques du Moyen Âge historique
b. Les limites chronologiques du Moyen Âge littéraire


2. Les français médiévaux
 

a. L'absence d'unité linguistique en Europe
b. La pluralité linguistique médiévale en Europe
c. La situation française
 
Le plus ancien français (du IXe siècle au XIIe siècle)
L'ancien français «classique» (le XIIe siècle et le XIIIe siècle)
Le moyen français (le XIVe siècle et le XVe siècle)
d. Deux définitions — la géographie des langues en France
Langue d'oïl
Langue d'oc


3. La littérature médiévale
 

a. Les «buts du poète» (Wellek)
b. L'anonymat de la création (Wellek)
c. Le «communisme» des thèmes et formes (Wellek)
d. Le statut marginal de l'histoire (Wellek)
e. L'oralité (*Wellek)
1. Oralité et chanson
2. Oralité et vers
3. Oralité et prose
4. Oralité et écoute
f. Le système des genres (*Wellek)
g. L'absence de cadres nationaux en littérature (*Wellek)


4. Le Moyen Âge est lui-même un objet historique
 

a. Un objet construit
b. Des textes redécouverts
c. Le rôle des écrivains
d. Le rôle de l’Université

Le contact des langues au Moyen Âge

Le colinguisme
 

Il s'agit du contact de langues écrites.

Ex. : Balibar, Renée, Histoire de la littérature française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2601, 1993 (deuxième édition corrigée), 127 p.

Le bilinguisme
 
Il y aurait eu un bilinguisme vertical :
 
le latin et les langues vulgaires.


Il y aurait eu un bilinguisme horizontal :
 

entre les langues vulgaires.


Ex. : Zumthor, Paul, Langue et techniques poétiques à l'époque romane (XIe-XIIIe siècles), Paris, Klincksieck, coll. «Bibliothèque française et romane. Série C, Études littéraires», 4, 1963, 224 p.

Le plurilinguisme
 
Le plurilinguisme serait fait d'une série de bilinguismes.

Cela permettrait de distinguer
 

le bilinguisme littéraire — un auteur écrit en plusieurs langues —,

le bilinguisme poétique — un même texte accueille des langues diverses —

et le bilinguisme référentiaire — les rapports entre les langues dépendent du prestige des langues.


Ex. : Grutman, Rainier, «Le système triplement bilingue de la lyrique occitane (1150-1250)», Revue des langues romanes, 98, 2, 1994, p. 465-475.


Oralité et écoute

Vandendorpe, Christian, Du papyrus à l’hypertexte. Essai sur les mutations du texte et de la lecture, Montréal, Boréal, 1999, 271 p. Ill.

«La situation d’écoute se caractérise par un triple niveau de contraintes : a) l’auditeur n’a pas la possibilité de déterminer le moment de la communication; b) il n’en maîtrise pas le débit, prisonnier qu’il est du rythme du conteur; c) en matière d’accès au contenu, il n’a aucune possibilité de retourner en arrière afin de sélectionner, dans un récit déjà connu, la séquence qui l’intéresse particulièrement : il doit suivre le fil, irrémédiablement linéaire parce qu’inscrit dans le temps, de la récitation qui en est faite» (p. 15).


III. Qu’est-ce qu’un auteur en histoire de la littérature ?

Plan

Introduction

Première proposition — On ne naît pas écrivain, on le devient

Deuxième proposition — Un écrivain n’est jamais seul au monde
 

Gustave Lanson (1857-1934)

Albert Thibaudet (1874-1936)


Troisième proposition — La vie de l’auteur est objet de récit
 

1. Récit biographique et sélection
 
La prémonition du talent

La comparaison «classante»

L’appartenance historique


2. La lecture du récit biographique

3. Récit biographique et œuvre


Quatrième proposition — La méfiance de l’histoire de la littérature contemporaine


Foucault et la fonction-auteur

«Je les résumerai [les caractéristiques de la fonction-auteur] ainsi : la fonction-auteur est liée au système juridique et institutionnel qui enserre, détermine, articule l'univers des discours; elle ne s'exerce pas uniformément et de la même façon sur tous les discours, à toutes les époques et dans toutes les formes de civilisation; elle n'est pas définie par l'attribution spontanée d'un discours à son producteur, mais par une série d'opérations spécifiques et complexes; elle ne renvoie pas purement et simplement à un individu réel, elle peut donner lieu simultanément à plusieurs ego, à plusieurs positions-sujets que des classes différentes d'individus peuvent venir occuper» (Michel Foucault, «Qu'est-ce qu'un auteur ?», Bulletin de la Société française de philosophie, 63, 3, juillet-septembre 1969, p. 73-104, repris dans Dits et écrits 1954-1988. I. 1954-1969, édition établie sous la direction de Daniel Defert et François Ewald avec la collaboration de Jacques Lagrange, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque des sciences humaines», 1994, p. 789-821 et partiellement dans l'Auteur, introduction, choix de textes, commentaires, vade-mecum et bibliographie par Alain Brunn, Paris, GF Flammarion, coll. «GF. Corpus. Lettres», 3058, 2001, p. 75-82, p. 82).


Lanson et l'auteur

«Une “histoire historique”, pour [Lanson], cela veut dire ou voudrait dire l’histoire d’une littérature, à une époque donnée, dans ses rapports avec la vie sociale de cette époque. […] Il faudrait, pour l’écrire, reconstituer le milieu, se demander qui écrivait, et pour qui, qui lisait, et pourquoi; il faudrait savoir quelle formation avaient reçu, au collège ou ailleurs, les écrivains — et quelle formation, pareillement leurs lecteurs […] il faudrait savoir quel succès obtenaient et ceux-ci et ceux-là, quelle était l’étendue de ce succès et sa profondeur; il faudrait mettre en liaison les changements d’habitude, de goût, d’écriture et de préoccupation des écrivains avec les vicissitudes de la politique, avec les transformations de la mentalité religieuse, avec les évolutions de la vie sociale, avec les changements de la mode artistique et du goût, etc.» (Lucien Febvre, «De Lanson à Mornet : un renoncement ?», dans Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p. 264).


La génération littéraire

«Le concept d’une génération littéraire implique le classement des auteurs d’une littérature selon leur date de naissance plutôt que selon leur période d’activité littéraire, très variable de toute façon. […] Par ailleurs, le regroupement d’après la naissance a l’avantage insigne de reposer sur un fait précis susceptible de vérification documentaire, et de partir d’une compilation relativement objective, à savoir la préparation de listes de tous les auteurs connus d’une littérature. L’étudiant arrive ainsi à rassembler en de petits groupes des auteurs nés à la même époque, ayant subi en même temps les mêmes influences politiques et sociales, et ayant connu dans la plupart des cas une formation commune. Il est du reste loisible de rapprocher ces auteurs de leurs contemporains ayant œuvré dans d’autres domaines d’activité intellectuelle ou artistique, notamment dans celui des beaux-arts. Enfin, le classement par date de naissance permet de grouper des écrivains à des intervalles de quelques années, de façon à faire ressortir les ressemblances et les contrastes : rien ne s’oppose à ce que, selon ce modèle, plusieurs courants contradictoires se juxtaposent à une même époque. L’historien de la littérature se libère par conséquent de la camisole de force que lui impose la périodisation traditionnelle conçue en fonction de siècles ou de mouvements monolithiques» (Hayne, David M., «Les générations littéraires au Canada français : une tentative de périodisation», dans Mélanges de civilisation canadienne-française offerts au professeur Paul Wyczynski, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, coll. «Cahiers du Centre de recherche en civilisation canadienne-française», 10, 1977, p. 114).


Péguy et la biographie

«Quand nous ne connaissons pas le nom d’un auteur, nous commençons par nous méfier; et par nous affoler; nous nous inquiétons; nous courons aux renseignements; nous nous trouvons ignorants; nous sommes inquiets; nous demandons à droite et à gauche; nous perdons notre temps; nous courons aux dictionnaires, aux manuels, ou à ces hommes qui sont eux-mêmes des dictionnaires et des manuels, ambulants; et nous ne retrouvons la paix de l’âme qu’après que nous avons établi de l’auteur, dans le plus grand détail, une bonne biographie cataloguée analytique sommaire» (Charles Péguy, «Zangwill», Cahiers de la quinzaine, 6, 3, 25 octobre 1904, cité dans Robert Melançon, Élisabeth Nardout-Lafarge et Stéphane Vachon (édit.), le Portatif d’histoire littéraire, Montréal, Université de Montréal, Département d’études françaises, coll. «Paragraphes», 15, 1998, p. 226).


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