FRA 1003, Histoire de la littérature, 2002-2003

Benoît Melançon, Département d'études françaises, Université de Montréal


Séance du 18 mars 2003


En guise d’introduction

«Un Francophone, c’est d’abord un sujet affecté d’une hypertophie de la glande grammaticale; quelqu’un qui, comme Pinocchio, marche toujours accompagné d’une conscience, une conscience volontiers narquoise, lui demandant des comptes sur tout ce qu’il dit ou écrit» (Jean-Marie Klinkenberg, la Langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «La politique éclatée», 2001, 196 p., p. 26).

Semaine du français et de la francophonie : <http://www.cce.umontreal.ca/Semaine.htm>


I. Langue et littérature au Québec

Plan


Introduction

1. Contexte — Très brève histoire des relations langue/littérature au Québec

1. Le XVIIIe siècle

2. Le XIXe siècle

1. La liaison du religieux, du national et du linguistique
2. La défense de l’hypercorrection
3. Le rêve de parler une autre langue que le français
3. Le XXe siècle
1. La querelle du joual
2. Les législations linguistiques
3. La constante actualité de la question
2. Contexte — L’essai

3. André Belleau et la langue

1. Le parcours intellectuel d’André Belleau

2. «Pour un unilinguisme antinationaliste» est une réflexion sur la langue.

1. Le refus du nationalisme
2. Le refus de l’hypercorrection
3. Sur le plan du contenu
3. «Pour un unilinguisme antinationaliste» est un essai.
1. Le paradoxe
2. La fiction essayistique
3. La subjectivité essayistique
4. L’énonciation essayistique
Conclusion

Post-scriptum : «L'effet Derome»


William Chapman, «Notre langue», 1904


«Un jour, d’âpres marins, vénérés parmi nous,
L’apportèrent du sol des menhirs et des landes,
Et nos mères nous ont bercés sur leurs genoux,
Aux vieux refrains dolents des ballades normandes.

Nous avons conservé l’idiome légué
Par ces héros quittant pour nos bois leurs falaises
Et, bien que par moments on le crût subjugué,
Il est encore vainqueur sous les couleurs anglaises.

Et nul n’osera plus désormais opprimer
Ce langage aujourd’hui si ferme et si vivace
Et les persécuteurs n’ont pu le supprimer
Parce qu’il doit durer autant que notre race.

Essayer d’arrêter son élan, c’est vouloir
Empêcher les bourgeons et les roses d’éclore;
Tenter d’anéantir son charme et son pouvoir,
C’est rêver d’abolir les rayons de l’aurore.

Brille donc à jamais sous le regard de Dieu,
Ô langue des anciens ! Combats et civilise,
Et sois toujours pour nous la colonne de feu
Qui guidait les Hébreux vers la terre promise !»

(Cité dans Gilles Pellerin, Récits d’une passion. Florilège du français au Québec, Québec, L’instant même, 1997, 157 p., p. 28)


Octave Crémazie, lettre à l’abbé Henri-Raymond Casgrain, 29 janvier 1867


«Plus je réfléchis sur les destinées de la littérature canadienne, moins je lui trouve de chances de laisser une trace dans l’histoire. Ce qui manque au Canada, c’est d’avoir une langue à lui. Si nous parlions iroquois et huron, notre littérature vivrait. Malheureusement nous parlons et nous écrivons d’une assez piteuse façon, il est vrai, la langue de Bossuet et de Racine. Nous aurons beau dire et beau faire, nous ne serons toujours, au point de vue littéraire, qu’une simple colonie, et quand bien même le Canada deviendrait un pays indépendant et ferait briller son drapeau au soleil des nations, nous n’en demeurerions pas moins de simples colons littéraires. […] Je le répète : si nous parlions huron ou iroquois, les travaux de nos écrivains attireraient l’attention du Vieux Monde. Cette langue mâle et nerveuse, née dans les forêts de l’Amérique, aurait cette poésie du cru qui fait les délices de l’étranger. On se pâmerait devant un roman ou un poème traduit de l’iroquois, tandis que l’on ne prend pas la peine de lire un volume écrit en français par un colon de Québec ou de Montréal. Depuis vingt ans, on publie chaque année, en France, des traductions de romans russes, scandinaves, roumains. Supposez ces mêmes livres écrits en français par l’auteur, ils ne trouveront pas cinquante lecteurs. La traduction a cela de bon, c’est que, si un ouvrage ne nous semble pas à la hauteur de sa réputation, on a toujours la consolation de se dire que ça doit être magnifique dans l’original.»

(Lettre citée dans Laurent Mailhot, avec la collaboration de Benoît Melançon, Essais québécois 1837-1983. Anthologie littéraire, Montréal, Hurtubise HMH, coll. «Cahiers du Québec. Textes et documents littéraires», 79, 1984, 658 p., p. 57-58.)


Linguistique et politique au Québec
Éléments de chronologie


1867
Silence sur la langue de l’enseignement dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique

1910
Loi Lavergne sur les compagnies de service d’utilité publique

1938
Loi relative à la loi I George VI

1968
Loi 85 sur l’enseignement

1969
Loi 63 sur l’enseignement

1974
Loi 22 sur le français langue officielle

1977
Charte de la langue française (loi 101)

1979
Loi concernant un jugement rendu par la Cour suprême du Canada le 13 décembre 1979 sur la langue de la législation et de la justice au Québec

1986
Loi modifiant de nouveau la Loi sur les services de santé et les services sociaux

1988
Loi 178 modifiant la Charte de la langue française

1993
Loi 86 modifiant la Charte de la langue française

1997
Loi 40 modifiant la Charte de la langue française

2000
Loi 171 modifiant la Charte de la langue française

2001
Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec


Une question toujours d'actualité


1995

Hélène Cajolet-Laganière et Pierre Martel, la Qualité de la langue au Québec

Pierre A. Coulombe, Language Rights in French Canada

1996

Pierre Monette, Pour en finir avec les intégristes de la culture

Georges Dor, Anna braillé ène shot (Elle a beaucoup pleuré). Essai sur le langage parlé des Québécois

Jean Forest, Anatomie du Québécois

1997

Lothar Baier, À la croisée des langues. Du métissage culturel d’est en ouest

Gaston Cholette, l’Action internationale du Québec en matière linguistique. Coopération avec la France et la francophonie de 1961 à 1995

Marty Laforest, États d’âme, états de langue. Essai sur le français parlé au Québec

Georges Dor, Ta mé tu là ? (Ta mère est-elle là ?) Un autre essai sur le langage parlé des Québécois

Lise Gauvin, l’Écrivain francophone à la croisée des langues

Rainier Grutman, Des langues qui résonnent. L’hétérolinguisme au XIXe siècle québécois

Gilles Pellerin, Récits d’une passion. Florilège du français au Québec

1998

Diane Lamonde, le Maquignon et son joual. L’aménagement du français québécois

Chantal Bouchard, la Langue et le nombril. Histoire d’une obsession québécoise

Jean Forest, Chronologie du Québécois

Georges Dor, les Qui qui et les que que, ou, Le français torturé à la télé : un troisième et dernier essai sur le langage parlé des Québécois

1999

Annie Bourret, Pour l’amour du français

2000

Lise Gauvin, Langagement : l’écrivain et la langue au Québec

John Hewson, The French Language in Canada

Jean Levasseur, Anatomie d’un référendum (1995)

Michel Plourde, le Français au Québec. 400 ans d’histoire et de vie

2001

Georges Dor, Chu ben comme chu (je suis bien comme je suis) : constats d’infraction à l’amiable

Benoît Melançon et Pierre Popovic, le Village québécois d’aujourd’hui. Glossaire

Gilles Pellerin, la Mèche courte : le français, la culture et la littérature


Belleau, André, «Chapitre VI» [d’un roman collectif], Liberté, 6 : 3, mai-juin 1964, p. 204-207.


«— Allez chier bande de câlices.
Ces mots, il les avait dit à haute voix. Ils le frappèrent en plein visage, comme le jet de l’arroseuse cet autre soir au printemps. Ce langage ne lui était pas habituel. Il en fut surpris. D’où lui venait-il ? C’est comme si un autre avait parlé, avec une voix différente de la sienne.
Il se retourna involontairement.
Les tableaux étaient toujours en place au-dessus des statuettes africaines.
Puis tout lui remonta par saccades, lui remplit la gorge et la tête.
Des odeurs, des bruits, des éclats de voix.
Les façades s’effritaient.
Derrière les Van Gogh, de mauvais calendriers. À la place des statuettes, les plâtres sur le sideboard. Et ça n’arrêtait pas de gueuler.
Mais il se ressaisit» (p. 206).


Bibliographie


Bakhtine, Mikhaïl M., l'Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance (1965), Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque des idées», 1970, 471 p. Traduction par Andrée Robel.

Belleau, André, Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, 237 p. «Avertissement» de François Ricard et Fernand Ouellette. Voir notamment «Petite essayistique» (p. 85-89), «L’effet Derome» (p. 107-114) et «Pour un unilinguisme antinationaliste» (p. 115-123).

Bouchard, Chantal, la Langue et le nombril. Une histoire sociolinguistique du Québec, Montréal, Fides, coll. «Nouvelles études québécoises», 2002 (nouvelle édition mise à jour), 289 p.

[Desbiens, Jean-Paul], les Insolences du frère Untel, Montréal, Éditions de l’Homme, 1960, 158 p. Préface d’André Laurendeau. Nombreuses rééditions.

Gauvin, Lise en collaboration avec Rainier Grutman, Alexandra Jarque et Suzanne Martin, Langues et littératures. Dossier bibliographique, Montréal, Université de Montréal, Faculté des arts et des sciences, Département d’études françaises, Centre d’études québécoises (CÉTUQ), coll. «Cahiers de recherche», 9, 1997, 144 p.

Hagège, Claude, le Français et les siècles (1987), Paris, Seuil, coll. «Points. Odile Jacob», 3, 1989, 314 p.

Klinkenberg, Jean-Marie, la Langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «La politique éclatée», 2001, 196 p.

Marcel, Jean, le Joual de Troie, Montréal, Éditions du jour, 1973, 236 p.

Plourde, Michel, avec la collaboration d’Hélène Duval et de Pierre Georgeault (édit.), le Français au Québec. 400 ans d’histoire et de vie, Montréal, Fides et les Publications du Québec, 2000, xix/515 p. Ill.

Renaud, Jacques, le Cassé et autres nouvelles suivi de Le journal du cassé, Montréal, Parti pris, coll. «Projections libérantes», 2, 1977, 198 p. Le Cassé date de 1964.

Rivarol, l’Universalité de la langue française, Paris, Arléa, 1991, 124 p. Présenté par Jean Dutourd de l’Académie française.

Rivarol, Pensées diverses suivi de Discours sur l’universalité de la langue française. Lettre sur le globe aérostatique, Paris, Desjonquères, coll. «XVIIIe siècle», 1998, 184 p. Édition présentée, établie et annotée par Sylvain Menant.


II. Francophonie(s) et histoire de la littérature

Plan


Introduction

1. Histoire lexicale

2. Problèmes de définition

Premier problème — Géographie ou langue ?

Deuxième problème — Qu’est-ce que connaître une langue ?

Troisième problème — Territoire/Langue ou institution ?

3. La francophonie en chiffres
1. Le nombre de francophones dans le monde

2. Le français par rapport aux autres langues

3. Le poids démographique de la France dans la francophonie

4. Deux choses à retenir

4. La Francophonie institutionnelle

5. Caractéristiques de la francophonie (synthèse)

6. Francophonie(s) et histoire de la littérature

1. Trois remarques générales

2. Intérêt de ce cadre conceptuel

1. Un nouveau cadre d’interprétation

2. La nécessité des échanges culturels

3. La découverte de nouveaux auteurs

4. La réflexion critique

Sur la diglossie, voir <http://creoles.free.fr/Cours/digloss.htm>.
3. Problèmes d’application
1. Hétérogénéité

2. Parallélismes

3. France

4. Lutétiotropisme (Jean-Marie Klinkenberg, «La production littéraire en Belgique francophone. Esquisse d’une sociologie historique», Littérature, 44, décembre 1981, p. 33-50, p. 46)

Conclusion


Bibliographie


Aron, Paul, «Le fait littéraire francophone», dans Romuald Fonkoua et Pierre Halen, avec la collaboration de Katharina Städtler (édit.), les Champs littéraires africains, Paris, Karthala, 2001, p. 39-55.

Boudjedra, Rachid, Lettres algériennes, Paris, Grasset, coll. «L’autre regard», 1995, 205 p.

Chamoiseau, Patrick, Texaco,Paris, Gallimard, 1992, 432 p.

De Broglie, Gabriel, Le français pour qu’il vive, Paris, Gallimard, coll. «Le monde actuel», 1986, 285 p.

Dumont, Pierre, la Francophonie par les textes, Vanves, EDICEF, coll. «Universités francophones», série «Prospectives francophones. Littératures/Linguistique», 1992, 191 p.

Fraisse, Emmanuel et Bernard Mouralis, Questions générales de littérature, Paris, Seuil, coll. «Points. Essais. Lettres », 449, 2001, 298 p.

Hagège, Claude, le Français et les siècles (1987), Paris, Seuil, coll. «Points. Odile Jacob», 3, 1989, 314 p.

Joubert, Jean-Louis et al., les Littératures francophones depuis 1945, Paris, Bordas, 1986, 382 p. Ill.

Joubert, Jean-Louis, «Langue française, francophonie et littérature», dans les Littératures francophones depuis 1945, Paris, Bordas, 1986, p. 7-18.

Klinkenberg, Jean-Marie, la Langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «La politique éclatée», 2001, 196 p.

Klinkenberg, Jean-Marie, «La production littéraire en Belgique francophone. Esquisse d’une sociologie historique», Littérature, 44, décembre 1981, p. 33-50.

Kourouma, Ahmadou, les Soleils des indépendances (1970), Paris, Seuil, coll. «Points. Série Roman», 1990, 204 p.


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