FRA 1003, Histoire de la littérature, 2002-2003

Benoît Melançon, Département d'études françaises, Université de Montréal


Séance du 3 décembre 2002


I. Histoire de la littérature et histoire des genres


Plan



Introduction

L’histoire de l’autobiographie et du journal intime

Constat de départ

Formulation de la question

Premier élément de réponse
 

La validité de la datation stricte en ce domaine est limitée.


Deuxième élément de réponse
 

L’histoire de la littérature est souvent celle des grandes œuvres, et c’est peut-être un tort.


Troisième élément de réponse
 

Les œuvres mineures ont quelque chose à dire de l’histoire de la littérature.


Quatrième élément de ma réponse
 

Les genres n’existent pas seuls.


Cinquième élément de réponse
 

Les genres sont affaire de longue durée.


Sixième élément de réponse
 

Les genres dépassent les cadres nationaux.


Conclusion


Samuel Tissot

Samuel Tissot, De la santé des gens de lettres, 1768

«Une lecture continuée produit toutes les maladies nerveuses; peut-être que de toutes les causes qui ont nui à la santé des femmes, la principale a été la multiplication infinie des romans depuis cent ans. Dès la bavette jusques à la vieillesse la plus avancée, elles les lisent avec une si grande ardeur, qu’elles craignent de se distraire un moment, ne prennent aucun mouvement, et souvent veillent très tard pour satisfaire cette passion; ce qui ruine absolument leur santé; sans parler de celles qui sont elles-mêmes auteurs, et ce nombre s’accroît tous les jours. Une fille qui, à l’âge de dix ans lit au lieu de courir, doit être à vingt une femme à vapeurs» (cité dans Carmelina Imbroscio, «La maladie, le rire, le risible», Dix-huitième siècle, 32, 2000, p. 241-254, p. 247 n. 15).


Jean-Marie Chassaignon

Cataractes de l’imagination, déluge de la scribomanie, vomissement littéraire, hémorrhagie encyclopédique, monstre des monstres. Par Épiménide l’Inspiré, Dans l’antre de Trophonius, au pays des visions, 1779, 4 vol. in-12.

Le texte a paru anonymement. Il est de Jean-Marie Chassaignon.

Deux parties (en théorie)
 

La première est le «Monstre» proprement dit.

Il s’agit du premier volume et d’une partie du deuxième,

pour un total de 594 pages sur 1435.


La deuxième partie des Cataractes est intitulée «Détachement ou Entrailles du monstre»,
 

un ensemble de notes portant sur les 594 premières pages.


Dans les faits
 

Dans les 89 premières pages du premier volume, il y a seulement des notes infrapaginales.

À partir de la p. 89, il y a trois types de notes :

quelques rares notes marginales;

des notes infrapaginales;

des notes reportées aux deuxième, troisième et quatrième volumes.

Ce n’est pas tout :

dans les notes des deuxième, troisième et quatrième volumes, il y a des notes infrapaginales.

Après les «Entrailles du Monstre», qui font plus de deux volumes et qui se terminent par «Fin sans fin» (IV, 208),

apparaissent un «Arrière-monstre, plus terrible que le monstre» (IV, 209-212),

puis une «Post-face ou sequi-monstre» (IV, 275-413).



Gustave Lanson

Lanson, Gustave, «La méthode de l’histoire littéraire» (1910), dans Essais de méthode, de critique et d’histoire littéraire, édités par Henri Peyre, Paris, Hachette, 1965, 479 p., p. 31-56.

«Dans cette […] histoire, on ne marche sûrement qu’en faisant la part très large, la plus large possible, aux œuvres inférieures et oubliées. Elles entourent les chefs-d’œuvre, elles les préparent, les ébauchent, les commentent, font la transition de l’un à l’autre, en éclairent les origines et la portée. Le génie est toujours de son siècle, mais toujours il le dépasse : les médiocres sont toujours à la température de leur milieu, au niveau de leur public. Les œuvres mortes d’une époque sont donc nécessaires pour circonscrire et définir l’originalité irréductible ou incommensurable du grand écrivain, pour définir l’esthétique moyenne d’un école, la technique usuelle d’un genre, la destination régulière et les usages communs d’une certaine catégorie de littérature» (p. 45-46).


Sources

Condé, Michel, la Genèse sociale de l’individualisme romantique. Esquisse historique de l’évolution du roman en France du dix-huitième au dix-neuvième siècle, Tübingen, Niemeyer, coll. «Mimesis», 7, 1989, 151 p.

Delany, Paul, British Autobiography in the Seventeenth Century, Londres et New York, Routledge & Kegan Paul et Columbia University Press, 1969, vi/198 p.

À mettre en relation avec Mascuch, Michael, «The Origins of the Individualist Self», The Center & Clark Newsletter, 25, printemps 1995, p. 5-6.
Melançon, Benoît, «Letters, Diary, and Autobiography in Eighteenth-Century France», dans Patrick Coleman, Jayne Lewis et Jill Kowalik (édit.), Representations of the Self from the Renaissance to Romanticism, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 151-170.

Pachet, Pierre, les Baromètres de l’âme. Naissance du journal intime, Paris, Hatier, coll. «Brèves Littérature», 1990, liv/140 p. Ill.

Pachet, Pierre, «Vers une sténographie de l’intime. Entre Fénelon et Constant : Karl Philipp Moritz», Littérales, 17, 1995, p. 41-56. Revue publiée par l’Université Paris X-Nanterre.

Rousset, Jean, le Lecteur intime. De Balzac au journal, Paris, José Corti, 1986, 220 p.

Wunderlich, Mary, «Un premier pas fort singulier vers le journal intime : “Mes Inscripcions” (1780-1787) de Restif de La Bretonne», Studi Francesi, 38 : 3, 113, mai-août 1994, p. 227-240.


Recommandation de lecture

Biron, Michel et Pierre Popovic, Un livre dont vous êtes l’intellectuel, Montréal, Fides, 1998, 185 p.


II. Du clerc à l'intellectuel — Hypothèse


Moyen Âge

Le clerc          La glose          (Abélard)

Le troubadour/trouvère          La poésie          (Guillaume IX d’Aquitaine/C. de Troyes)

XVIe siècle
L’humaniste          Le retour à l’Antiquité          (Érasme)

Rabelais, huitième chapitre de Pantragruel (1532)

XVIIe siècle
L’honnête homme          La mondanité          (Voiture)

Saint-Évremond, «Jugement sur les sciences où peut s’appliquer un honnête homme» (1660-1661 ?)

XVIIIe siècle
Le philosophe          L’utilité          (Diderot)

Du Marsais/Diderot, «Le philosophe» (1743/1765)

XIXe siècle
L’artiste ou le poète          La subjectivité          (Hugo)

Vigny, Alfred de, «Préface» (1835) de Chatterton

(Homme de lettres; grand écrivain; poète)

XXe siècle
L’intellectuel          L’engagement          (Sartre)
Zola, Émile, «J’accuse» (1898)

1. Une définition de l'intellectuel

Julliard, Jacques et Michel Winock (édit.), Dictionnaire des intellectuels français. Les personnes. Les lieux. Les moments, Paris, Seuil, 1996, 1258 p.

Citations
 

«un homme d’esprit engagé d’une manière ou d’une autre, qu’elle soit directe ou indirecte, dans le débat civique»

«Un homme ou une femme qui applique à l’ordre politique une notoriété acquise ailleurs.»

«La notion d’engagement a fini par être le critère permettant d’attribuer au savant, à l’écrivain, à l’artiste la qualification d’intellectuel»


Synthèse
 

Il faut pratiquer une activité intellectuelle (arts, science, littérature, philosophie, sciences humaines, etc.),

être engagé,

avoir une certaine notoriété

et prendre part à la vie publique.
 

2. L'Affaire Dreyfus
Chronologie
 
1894

Condamnation d’Alfred Dreyfus, accusé d’avoir trahi en faveur de l’Allemagne

Dégradation et déportation au bagne de l’île du Diable

1898

Publication de «J’accuse» de Zola (l’Aurore, 13 janvier), lettre ouverte au président de la République, Félix Faure

1899

Révision du procès

Nouvelle condamnation

Grâce accordée par le président de la République

1906

Cassation du jugement (le vrai coupable s’appelle Esterhazy)

Les camps en présence
Dreyfusards

Émile Zola
Bernard Lazare
Léon Blum
Anatole France
Charles Péguy
Jean Jaurès
Georges Clemenceau

Antidreyfusards

Maurice Barrès
Pierre Louÿs
Rochefort
Lemaître


Lectures

Généralités

Debray, Régis, I.F. Suite et fin, Paris, Gallimard, 2000, 188 p.

Goulemot, Jean M. et Daniel Oster, Gens de lettres, écrivains et bohèmes. L’imaginaire littéraire 1630-1900, Paris, Minerve, 1992, 199 p.

Julliard, Jacques et Michel Winock (édit.), Dictionnaire des intellectuels français. Les personnes. Les lieux. Les moments, Paris, Seuil, 1996, 1258 p.

Sokal, Alan et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Paris, Odile Jacob, 1997, 276 p.

Winock, Michel, le Siècle des intellectuels, Paris, Seuil, 1997, 695 p. Ill.

Sur l'intellectuel au Québec

Belleau, André, Y a-t-il un intellectuel dans la salle?, Montréal, Primeur, coll. «L'échiquier», 1984, 206 p. Avant-propos de René Lapierre; Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, 237 p. «Avertissement» de François Ricard et Fernand Ouellette.

Larose, Jean, la Petite Noirceur. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1987, 203 p.

Melançon, Benoît, «Un intellectuel heureux ?», dans Pour Jacques. Du beau, du bon, Dubois, Bruxelles, Labor, coll. «Espace Nord», 1998, p. 169-174.


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