Benoît Melançon
Département des littératures de langue française
Université de Montréal
FRA 3220 — Auteur français (Marivaux)


Exemples de questions d’examen


Dernière mise à jour : 8 janvier 2007

I. Selon Angela De Lorenzis, «Impossible de trancher avec Marivaux, de s’installer. Ses personnages ne sont pas des entités monolithiques, tout au contraire. Ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants, trompeurs trompés, manipulateurs manipulés […], ils sont impliqués dans une lutte langagière acharnée et sans complaisance, d’où personne ne sortira vainqueur.» Pouvez-vous démontrer cette affirmation à partir de votre lecture de la Double Inconstance ?

II. À quel genre dramatique peut-on rattacher le texte que vous trouverez ci-dessous  ? Pourquoi ? Vous pouvez bien évidemment vous servir, pour répondre, des diverses pièces vues en classe.

«M. Vanderk père : […] Je fus forcé de quitter la province; votre mère me jura une constance qu’elle a eue toute sa vie; je m’embarquai. Un bon Hollandais, propriétaire du bâtiment sur lequel j’étais, me prit en affection. Nous fûmes attaqués, et je lui fus utile. […] Le bon Hollandais m’associa à son commerce, il m’offrit sa nièce et sa fortune. Je lui dis mes engagements; il m’approuve, il part, il obtient le consentement des parents de votre mère; il me l’amène avec sa nourrice : c’est une bonne vieille qui est ici. Nous nous marions; le bon Hollandais mourut dans mes bras; je pris, à sa prière et son nom et son commerce. Le ciel a béni ma fortune, je ne peux être plus heureux, je suis estimé, voici votre sœur bien établie, votre beau-frère remplit avec honneur une des premières places dans la robe. Pour vous, mon fils, vous serez digne de moi et de vos aïeux. J’ai déjà remis dans notre famille tous les biens que la nécessité de servir le prince avait fait sortir des mains de vos ancêtres; ils seront à vous, ces biens; et si vous pensez que j’aie fait par le commerce une tache à leur nom, c’est à vous de l’effacer; mais dans un siècle aussi éclairé que celui-ci, ce qui peut donner la noblesse n’est pas capable de l’ôter.

M. Vanderk fils : Ah ! mon père, je ne le pense pas; mais le préjugé est malheureusement si fort…

M. Vanderk père : Un préjugé ! Un tel préjugé n’est rien aux yeux de la raison.

M. Vanderk fils : Cela n’empêche pas que le commerce ne soit considéré comme un état…

M. Vanderk père : Quel état, mon fils, que celui d’un homme qui, d’un trait de plume, se fait obéir d’un bout de l’univers à l’autre ! Son nom, son seing n’a pas besoin, comme la monnaie des souverains, que la valeur du métal serve de caution à l’empreinte : sa personne a tout fait; il a signé; cela suffit.

M. Vanderk fils : J’en conviens; mais…

M. Vanderk père : Ce n’est pas un peuple, ce n’est pas une seule nation qu’il sert; il les sert toutes, et en est servi : c’est l’homme de l’univers.

M. Vanderk fils : Cela peut être vrai; mais enfin, en lui-même, qu’a-t-il de respectable ?

M. Vanderk père : De respectable ! Ce qui est légitime dans un gentilhomme, les droits de la naissance, ce qui fait la base de ses titres, la droiture, l’honneur, la probité.

M. Vanderk fils : Votre seule conduite, mon père.

M. Vanderk père : Quelques particuliers audacieux font armer les rois, la guerre s’allume, tout s’embrase, l’Europe est divisée; mais ce négociant anglais, hollandais, russe, ou chinois, n’en est pas moins l’ami de mon cœur; nous sommes, sur la superficie de la terre, autant de fils de soie qui lient ensemble les nations et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce : voilà, mon fils, ce que c’est qu’un honnête négociant.

M. Vanderk fils : Et le gentilhomme donc ? et le militaire ?

M. Vanderk père : Je ne connais que deux états au-dessus du commerçant (en supposant encore qu’il y ait quelque différence entre ceux qui font le mieux qu’ils peuvent dans le rang où le ciel les a placés), je ne connais que deux états, le magistrat qui fait parler les lois, et le guerrier qui défend la patrie.

M. Vanderk fils : Je suis donc gentilhomme ?

M. Vanderk père : Oui, mon fils : il est peu de bonnes maisons à qui vous ne teniez, et qui ne tiennent à vous.

M. Vanderk fils : Pourquoi donc me l’avoir caché ?

M. Vanderk père : Par une prudence peut-être inutile : j’ai craint que l’orgueil d’un grand nom ne devînt le germe de vos vertus; j’ai désiré que vous les tinssiez de vous-même. Je vous ai épargné jusqu’à cet instant les réflexions que vous venez de faire; réflexions qui dans un âge moins avancé se seraient produites avec plus d’amertume.»

III. Que dire de la figure paternelle dans les pièces de théâtre de l’âge classique que vous avez lues pour ce cours ?

IV. Vous trouverez ci-dessous le texte de la deuxième scène du premier acte du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Commentez ce texte en vous appuyant sur les analyses entendues en classe.

Le Jeu de l’amour et du hasard (1730), acte I, scène II

«Monsieur Orgon. — Eh bonjour, ma fille. La nouvelle que je viens t’annoncer te fera-t-elle plaisir ? Ton prétendu arrive aujourd’hui, son père me l’apprend par cette lettre-ci. Tu ne me réponds rien, tu me parais triste ? Lisette de son côté baisse les yeux, qu’est-ce que cela signifie ? Parle donc toi, de quoi s’agit-il ?

Lisette. — Monsieur, un visage qui fait trembler, un autre qui fait mourir de froid, une âme gelée qui se tient à l’écart, et puis le portrait d’une femme qui a le visage abattu, un teint plombé, des yeux bouffis et qui viennent de pleurer; voilà, Monsieur, tout ce que nous considérons avec tant de recueillement.

Monsieur Orgon. — Que veut dire ce galimatias ? Une âme, un portrait : explique-toi donc, je n’y entends rien.

Silvia. — C’est que j’entretenais Lisette du malheur d’une femme maltraitée par son mari; je lui citais celle de Tersandre, que je trouvai l’autre jour fort abattue, parce que son mari venait de la quereller, et je faisais là-dessus mes réflexions.

Lisette. — Oui, nous parlions d’une physionomie qui va et qui vient; nous disions qu’un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme.

Monsieur Orgon. — De tout cela, ma fille, je comprends que le mariage t’alarme, d’autant plus que tu ne connais point Dorante.

Lisette. — Premièrement, il est beau, et c’est presque tant pis.

Monsieur Orgon. — Tant pis ! rêves-tu avec ton tant pis ?

Lisette. — Moi, je dis ce qu’on m’apprend; c’est la doctrine de Madame, j’étudie sous elle.

Monsieur Orgon. — Allons, allons, il n’est pas question de tout cela. Tiens, ma chère enfant, tu sais combien je t’aime. Dorante vient pour t’épouser; dans le dernier voyage que je fis en province, j’arrêtai ce mariage-là avec son père, qui est mon intime et mon ancien ami; mais ce fut à condition que vous vous plairiez à tous deux, et que vous auriez entière liberté de vous expliquer là-dessus; je te défends toute complaisance à mon égard : si Dorante ne te convient point, tu n’as qu’à le dire, et il repart; si tu ne lui convenais pas, il repart de même.

Lisette. — Un duo de tendresse en décidera, comme à l’Opéra : Vous me voulez, je vous veux, vite un notaire; ou bien : M’aimez-vous ? non; ni moi non plus, vite à cheval.

Monsieur Orgon. — Pour moi, je n’ai jamais vu Dorante, il était absent quand j’étais chez son père; mais sur tout le bien qu’on m’en a dit, je ne saurais craindre que vous vous remerciiez ni l’un ni l’autre.

Silvia. — Je suis pénétrée de vos bontés, mon père, vous me défendez toute complaisance, et je vous obéirai.

Monsieur Orgon. — Je te l’ordonne.

Silvia. — Mais si j’osais, je vous proposerais, sur une idée qui me vient, de m’accorder une grâce qui me tranquilliserait tout à fait.

Monsieur Orgon. — Parle, si la chose est faisable je te l’accorde.

Silvia. — Elle est très faisable; mais je crains que ce ne soit abuser de vos bontés.

Monsieur Orgon. — Eh bien, abuse, va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l’être assez.

Lisette. — Il n’y a que le meilleur de tous les hommes qui puisse dire cela.

Monsieur Orgon. — Explique-toi, ma fille.

Silvia. — Dorante arrive ici aujourd’hui; si je pouvais le voir, l’examiner un peu sans qu’il me connût; Lisette a de l’esprit, Monsieur, elle pourrait prendre ma place pour un peu de temps, et je prendrais la sienne.

Monsieur Orgon, à part. — Son idée est plaisante. (Haut.) Laisse-moi rêver un peu à ce que tu me dis là. (À part.) Si je la laisse faire, il doit arriver quelque chose de bien singulier, elle ne s’y attend pas elle-même... (Haut.) Soit, ma fille, je te permets le déguisement. Es-tu bien sûre de soutenir le tien, Lisette ?

Lisette. — Moi, Monsieur, vous savez qui je suis, essayez de m’en conter, et manquez de respect, si vous l’osez; à cette contenance-ci, voilà un échantillon des bons airs avec lesquels je vous attends, qu’en dites-vous ? hem, retrouvez-vous Lisette ?

Monsieur Orgon. — Comment donc, je m’y trompe actuellement moi-même; mais il n’y a point de temps à perdre, va t’ajuster suivant ton rôle, Dorante peut nous surprendre. Hâtez-vous, et qu’on donne le mot à toute la maison.

Silvia. — Il ne me faut presque qu’un tablier.

Lisette. — Et moi je vais à ma toilette, venez m’y coiffer, Lisette, pour vous accoutumer à vos fonctions; un peu d’attention à votre service, s’il vous plaît.

Silvia. — Vous serez contente, Marquise, marchons.»

(Marivaux, Théâtre complet. Tome premier, texte établi, avec introduction, chronologie, commentaire, index et glossaire par Frédéric Deloffre, nouvelle édition, revue et mise à jour avec la collaboration de Françoise Rubellin, Paris, Bordas, coll. «Classiques Garnier», 1989, xxx/1125 p., p. 802-804.)

V. À la septième scène du troisième acte de la pièce Nathan le Sage de Lessing, le sultan musulman Saladin interroge le Juif Nathan sur le rapport entre leurs religions, en prenant la peine d’ajouter : «Entre nous, il y a le chrétien.» En annexe, vous lirez la réponse de Nathan. Quels parallèles (esthétiques, éthiques, etc.) pouvez-vous faire entre ce texte et les pièces au programme ?

VI. Que dire de la figure maternelle dans les pièces de théâtre de l’âge classique que vous avez lues pour ce cours ? Quelle est sa représentation ? Quel est son rôle (dramatique, politique, moral, etc.) ?

VII. Le théâtre comique aurait eu pour fonction, à l’âge classique, de «corriger les ridicules». Cela est-il vrai des comédies au programme du cours ? Pourquoi ?

VIII. Un critique a écrit que Phèdre était une «tragédie sans marivaudage» : «les mots ne se reprennent jamais», ajoutait-il. Commentez ce jugement en vous appuyant sur la pièce de Racine et sur une pièce de Marivaux.


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