FRA 1027, Histoire de la littérature, automne 2009
Benoît Melançon
Département des littératures de langue française
Université de Montréal


Le Moyen Âge


Version du 7 septembre 2009


I. CHRONOLOGIE SOMMAIRE

476
Chute de l’Empire romain d’Occident

778
Bataille de Ronceveaux que racontera la Chanson de Roland.

842
Serments de Strasbourg

v. 880
Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie

Xe-XIIIe siècle
Croisades

1066
Conquête de l’Angleterre par Guillaume

v. 1080/1100
La Chanson de Roland

v. 1100
Vers de Guillaume VII, comte de Poitiers

v. 1181
Chrétien de Troyes, le Conte du Graal

XIIe-XIIIe siècle
Le Roman de Renart

XIIe-XIIIe siècle
Tristan et Iseult

XIIe-XIIIe siècle
Abélard et Héloïse

XIIIe siècle
Premières universités

v. 1230
Guillaume de Lorris, Roman de la Rose, première partie

v. 1270
Jean de Meun, Roman de la Rose, deuxième partie

v. 1270
Aucassin et Nicolette

1277
Rutebeuf, la Pauvreté Rutebeuf

v. 1280
Guiraut Riquier, Cansos

1392
Eustache Deschamps, Art de dictier et de faire chansons, premier traité de versification française

v. 1396
Christine de Pizan, Cent ballades

1434
Gutenberg, presse à imprimer

1453
Prise de Constantinople

1461
François Villon, le Testament

v. 1464
La Farce de maître Pathelin

1470
Premier livre imprimé en France (en latin, à la Sorbonne)

1492
Voyage de Christophe Colomb en Amérique


II. UNE DÉFINITION DE LA MENTALITÉ MÉDIÉVALE

«La conception même des buts du poète, généralement décrit comme un humble artisan au service de son Créateur, l’anonymat habituel de la création littéraire, le “communisme” coutumier des thèmes et des formes qui montre que l’on ne donnait de valeur ni à l’originalité, ni à l’individualité, l’absence de considération pour l’historicité des événements, tous ces symptômes parallèles de la mentalité médiévale expliquent l’absence d’une histoire littéraire proprement dite.»

(Source : René Wellek, The Rise of English Literary History, cité par Robert Escarpit, «Histoire de l’histoire de la littérature», dans Raymond Queneau (édit.), Histoire des littératures. III. Littératures françaises, connexes et marginales, Paris, Gallimard, coll. «Encyclopédie de la Pléiade», 7, 1978 (nouvelle édition), p. 1747-1826, p. 1769.)


III. «SERMENTS DE STRASBOURG» (842)

En roman (842) : «Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun saluament [...]».
En ancien français (XIe siècle) : «Por dieu amor et por del crestiien poeple et nostre comun salvement [...]».
En moyen français (XVe siècle) : «Pour l’amour Dieu et pour le sauvement du chrestien peuple et le nostre commun [...]».
En français contemporain : «Pour l’amour de Dieu et pour le salut commun du peuple chrétien et le nôtre [...]».

(Source : Jacques Leclerc, Langue et société, Laval, Mondia, coll. «Synthèse», 1986, 530 p., p. 397.)


IV. SÉQUENCE (OU CANTILÈNE) DE SAINTE EULALIE (V. 880)

Buona pulcella fut Eulalia.
                            Eulalie était une bonne jeune fille.
Bel avret corps, bellezour anima.
                            Elle avait le corps beau et l’âme plus belle encore.
Voldrent la veintre li Deo inimi,
                            Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre;
Voldrent la faire diaule servir.
                           Ils voulurent lui faire servir le Diable.

(Source : BABEL. Cours de linguistique diachronique du français : <http://www.restena.lu/cul/BABEL/T_CANTILENE.html>)


V. DU LATIN ?

«Tertia nota est de gula. C’estoit un gros villeing gourmand qui non curabat nisi de pansua sua : comedebat delicatos morsus et cibos exquisitos, erat grossus infamis gulosus, les frians morseaux et viandes exquises, bibebat vinum preciosum et delicatum, habebat stipendiis magnis cocos peritos et expertos ad provocandum appetitum domini cum esset degustatus, facientes salsas si friandes qu’il y mangeroit une vielle savate» (Michel Menot, sermon, Paris, 1518).

(Source : Mireille Huchon, Histoire de la langue française, Paris, le Livre de poche, coll. «Références. Inédit. Littérature», 542, 2002, 315 p., p. 135.)


VI. LA PLURALITÉ LINGUISTIQUE MÉDIÉVALE

Le colinguisme : Balibar, Renée, Histoire de la littérature française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2601, 1993 (deuxième édition corrigée), 127 p.

Le bilinguisme : Zumthor, Paul, Langue et techniques poétiques à l’époque romane (XIe-XIIIe siècles), Paris, Klincksieck, coll. «Bibliothèque française et romane. Série C, Études littéraires», 4, 1963, 224 p.

Le plurilinguisme : Grutman, Rainier, «Le système triplement bilingue de la lyrique occitane (1150-1250)», Revue des langues romanes, 98, 2, 1994, p. 465-475.

L’hétérolinguisme : Grutman, Rainier, Des langues qui résonnent. L’hétérolinguisme au XIXe siècle québécois, Montréal, Fides — CÉTUQ, coll. «Nouvelles études québécoises», 1997, 222 p.

Le mixtilinguisme : Bem, Jeanne et Albert Hudlett (édit.), Écrire aux confins des langues. Actes du Colloque de Mulhouse (30, 31 janvier et 1er février 1997), Mulhouse, Université de Haute-Alsace, Centre de recherche sur l’Europe littéraire (CREL), coll. «Créliana», hors série I, automne 2001, 206 p. Ill.


VII. FRANÇOIS VILLON, «BALLADE POUR PRIER NOTRE DAME»

«[...]
Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
Iesus regnant qui n’a ne fin ne cesse.
Le Tout Puissant, prenant notre foiblesse,
Laissa les cieux et nous vint secourir,
Offrit a mort sa tres chere jeunesse;
Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foi je veuil vivre et mourir.»

(Source : François Villon, Œuvres poétiques, texte établi et annoté par André Mary, chronologie, préface et index par Daniel Poirion, Paris, Garnier-Flammarion, coll. «GF», 52, 1965, 190 p., p. 84.)


VIII. TRISTAN ET ISEULT

«Ici finit le roman de Tristan et Iseult. À tous les amants, le conteur adresse son salut : aux rêveurs, aux enamourés, aux jaloux, à tous ceux que mord le désir, aux enjoués, aux éperdus, à tous ceux qui liront cette histoire ! Si je n’ai dit à tous ce qu’ils eussent souhaité, je l’ai dit du moins le mieux que j’ai pu et j’ai dit la vérité pure autant que j’ai pu la connaître. J’ai un peu retranché du récit; ce que j’ai conservé, je l’ai choisi pour illustrer et embellir cette histoire afin qu’elle plaise aux amants et qu’ils y trouvent de quoi se verser au coeur quelque délice. Puissent-ils en avoir réconfort contre les trahisons, contre les torts, contre les peines, contre les larmes, contre tous les chagrins d’amour !»

(Source : Tristan et Iseult, renouvelé en français moderne d’après les textes des XIIe et XIIIe siècles par René Louis, Paris, Libraire générale française, coll. «Le livre de poche», 1306, 1972, xvi/304 p., p. 249, excipit.)


IX. ORALITÉ ET ÉCOUTE

«La situation d’écoute se caractérise par un triple niveau de contraintes : a) l’auditeur n’a pas la possibilité de déterminer le moment de la communication; b) il n’en maîtrise pas le débit, prisonnier qu’il est du rythme du conteur; c) en matière d’accès au contenu, il n’a aucune possibilité de retourner en arrière afin de sélectionner, dans un récit déjà connu, la séquence qui l’intéresse particulièrement : il doit suivre le fil, irrémédiablement linéaire parce qu’inscrit dans le temps, de la récitation qui en est faite.»

(Source : Christian Vandendorpe, Du papyrus à l’hypertexte. Essai sur les mutations du texte et de la lecture, Montréal, Boréal, 1999, 271 p., p. 15.)


X. FABLIAU

«Des III dames qui trouvèrent un vit»

«Je mets ma peine et ma finesse,
Tant que je suis en ma jeunesse,
À conter un fabliau en rime,
Sans effets et sans léonines.
Mais s’il y a des assonances,
Peu m’en chaut qui mal en pense.
Car elle ne peut pas plaire à tous,
Une bonne rime sans bons mots.
Écoutez-les, donc, comme ils sont.

Trois dames allaient au Mont,
Mais je ne sais de quel pays.
Il me semble que l’on me dit
Qu’elles trouvèrent un vit très gros
Et deux couilles, sans aucun os.
Celle qui est devant le prend,
Le cachant immédiatement,
Car elle savait ce que c’était.
[…]»

(Source : Contes pour rire. Fabliaux des XIIIe et XIVe siècles, Paris, Union générale d’éditions, coll. «10/18», 1147, 1977, 253 p. Traduits par Nora Scott.)


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