FRA 1027, Histoire de la littérature, automne 2009
Benoît Melançon
Département des littératures de langue française
Université de Montréal


Madame de Staël


Version du 9 novembre 2009


Sarthou, Marcel, Ce qu’il faut savoir de littérature française, Paris, Librairie classique Fernand Nathan, 1923, 524 p.

«1. Mme de Staël (1766-1817), née à Paris, mais fille du Genevois Necker, qui fut ministre de Louis XVI, témoigna, dès son adolescence, d’une rare intelligence et d’un précoce talent. Elle épousa le baron suédois de Staël — de qui elle se sépara, d’abord pour accompagner son père, retiré près de Genève, puis pour revenir à Paris. Les idées qu’elle exposa dans son premier grand ouvrage, — De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800), — déplurent au premier Consul, qui lui interdit le séjour de Paris. Elle voyagea en Allemagne et en Italie, publia son roman de Corinne ou l’Italie en 1804, et acheva de s’aliéner Napoléon par son livre De l’Allemagne (1810); cette fois ce fut de la France entière qu’il la bannit. Elle mena dès lors une existence errante à travers l’Europe, jusqu’à ce que la chute de l’Empereur lui permit à nouveau l’accès de la France : elle mourut à Paris, deux ans après son retour. Veuve, elle s’était remariée en 1811.

2. Son œuvre et ses idées. — Mme de Staël tient encore au XVIIIe siècle par son goût pour les idées et les discussions philosophiques; par son admiration pour Jean-Jacques Rousseau, dont elle est, par certains côtés, une élève; enfin par la “sensibilité” qu’elle prête à ses héroïnes — et en particulier à Corinne, qui meurt de l’abandon de l’homme qu’elle aime. Mais elle annonce déjà le XIXe siècle et le romantisme, dont il semble bien qu’elle fut, à la fois, l’initiatrice et la marraine. Sous ce nom, elle entend, par opposition au classicisme, qui tire son origine des littératures antiques et où domine la raison, une forme littéraire, inspirée des littératures du Nord, et qui fait à l’imagination une place prépondérante : en révélant à la France, qui les ignorait, les grands écrivains “romantiques” allemands, — les Schiller et les Goethe, — elle a contribué à préparer l’avènement de la nouvelle école. Son esprit fut des plus ouverts et des plus compréhensifs; son style est élégant et sobre; mais elle n’a laissé que des ouvrages de talent; d’autres reprendront ses théories et, en les appliquant après elle, paraîtront les inventer, parce qu’ils y mettront le sceau du génie.

Citons une page, délicatement émue, où Mme de Staël dépeint la mélancolie de l’exil, qu’elle a si bien connue : […]» (p. 323-324, «XIXe siècle. Chapitre XXXII. Du “classicisme” au “romantisme”»).


Castex, Pierre-Georges et Paul Surer, Manuel des études littéraires françaises V. XIXe siècle, Paris, Hachette, 1950, viii/312 p. Ill.

«Mme de Staël. Mme de Staël se rendit célèbre par son brillant salon; mais Bonaparte l’exila; elle se retira alors dans son château de Coppet, puis voyagea jusqu’à la chute de l’Empire. Dans son ouvrage principal, De l’Allemagne, elle révèle aux Français le génie germanique et suggère la constitution d’une littérature “romantique”.

1. — La mondaine (1766-1803)

Les années de jeunesse. Mme de Staël, fille de Necker, fut élevée à l’école des “philosophes”. Son premier ouvrage est une enthousiaste Lettre sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau, son compatriote (1788). […]» (p. 19).

«2. — La voyageuse (1803-1817) […]» (p. 20).

«3. — L’initiatrice du romantisme

«En dépit de ses erreurs et de ses vues parfois hasardeuses, Mme de Staël a frayé quelques-unes des grandes voies où s’engagera la littérature romantique» (p. 22, «Première partie. — Du siècle philosophique au siècle romantique (1795-1820). Chapitre premier. — La vie intellectuelle au début du XIXe siècle. IV. — La critique littéraire. B. — Mme de Staël»).


Calvet, J., Petite histoire illustrée de la littérature française à l’usage des classes de cinquième et quatrième du second degré et des cours complémentaires, Paris, J. de Gigord, 1951 (16e édition), vi/247 p.

«Mme de Staël. — Sa vie (1766-1817). — Elle était fille de Necker, le ministre de Louis XVI. Elle naquit à Paris, elle se forma dans le salon de sa mère, au milieu des philosophes, et par des lectures graves qui donnèrent à son esprit quelque chose de viril. En 1788, elle débuta par ses Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau, qui était son maître et son idole. Elle salua avec joie la Révolution et fut dégoûtée par ses excès. Elle dut même pour sa sécurité s’enfuir à Coppet, en Suisse, où elle resta trois ans. À son retour à Paris, elle donna son Livre de la littérature (1800). Suspecte au gouvernement impérial, elle quitta de nouveau Paris et voyagea à travers l’Europe, en particulier en Allemagne. Elle publia Corinne et L’Allemagne. Elle ne put rentrer en France qu’après 1815, et elle mourut en 1817.

Mme de Staël. Ses idées. — Mme de Staël est de son temps. Sans doute elle n’approuve pas les excès de la Révolution, pas plus que la tyrannie impériale; elle est pour la liberté, comme un bon disciple de Montesquieu. En religion, elle est entièrement de l’école de Rousseau et de l’église du vicaire savoyard. C’est surtout en littérature qu’elle apporte des idées nouvelles : elle commence par faire la critique de la littérature classique, en particulier du théâtre, qu’elle trouve froid et étriqué; puis, pour renouveler l’inspiration et trouver des modèles nouveaux, elle propose d’abandonner la source gréco-latine et de se tourner vers la littérature allemande, dont elle fait connaître et dont elle vante les ressources. Les romantiques lui doivent beaucoup; il est possible qu’ils lui doivent même le mot du romantisme» (p. 172-173).

Légende placée sous son portrait : «C’est ici la gracieuse image d’une femme du XVIIIe siècle, qui plairait à Greuze plus qu’à David. Son œuvre ne lui ressemblera pas toujours» (p. 173, «Cinquième partie. Le dix-neuvième siècle»)


Nouvelle encyclopédie autodidactique Quillet. L’enseignement moderne et pratique. Publiée en collaboration par un comité d’universitaires, Paris, Librairie Aristide Quillet, 1951, 4 vol.

«Dès le XVIIIe siècle, certains traits qui caractérisent le romantisme apparaissent dans les ouvrages de Rousseau. Ils se font plus précis, au début du XIXe siècle, dans l’œuvre de madame de Staël, qui contribue à la définition du mouvement littéraire nouveau, et dans celle de Chateaubriand, qui déjà réalise la théorie.

Madame de Staël (1766-1817). — Sa vie. — Germaine Necker, par son mariage madame de Staël, était la fille du banquier genevois, ministre de Louis XVI. Tout enfant, elle s’était formée dans le salon de sa mère, au contact des littérateurs et des philosophes les plus renommés; baronne de Staël, elle tint à son tour chez elle des réunions où se rencontraient madame Récamier, M.-J. Chénier, Cabanis et surtout Benjamin Constant, dont elle fut l’amie jusqu’en 1806. Suspecte à Napoléon pour ses idées libérales et ses théories de politique étrangère, elle fut à plusieurs reprises exilée et voyagea beaucoup en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Russie, en Suède et en Angleterre. Entre-temps elle résidait à Coppet, au bord du lac de Genève, et publiait ses ouvrages. Elle revint en France à la Restauration et mourut peu après.

Son œuvre. — […].

Élève raisonneuse des “philosophes”, mais nature romanesque et passionnée, disciple enthousiaste de Rousseau, madame de Staël s’est mise tout entière dans ses romans, qui sont de véritables autobiographies. On y trouve, à côté de l’analyse un peu déclamatoire de passions violentes, la revendication éloquente des droits de la femme et quelques-uns des thèmes que développeront les romantiques, en particulier cette idée, souvent exprimée dans la suite, notamment par Vigny, que les âmes supérieures sont vouées à l’isolement dans une société incapable de les comprendre.

Mais l’œuvre capitale de madame de Staël est dans ses livres de critique littéraire, qui préparent la grande renaissance poétique du XIXe siècle. Son livre De la littérature cherche à prouver historiquement le progrès continu de l’esprit humain dans les lettres et pose ce principe fécond que l’œuvre littéraire est étroitement liée au milieu historique qui l’a produite. Ainsi, en s’inspirant de la méthode de Montesquieu, Mme de Staël renouvelait la critique qui, depuis Boileau, jugeait toute œuvre d’art au nom des règles absolues et immuables. Enfin, elle initiait ses contemporains aux littératures étrangères et les préparait à imiter de nouveaux modèles.

[…]

Mme de Staël n’est pas une grande artiste : la couleur, le pittoresque, le tour personnel lui font entièrement défaut. Mais son style, d’ordinaire net et ferme, s’anime à l’occasion; la phrase, ample et passionnée, possède alors une grande puissance d’émotion» (vol. III, p. 443-444, «Le XIXe siècle. I. — De la Révolution au romantisme»).


Lanson, Gustave et P. Tuffrau, Manuel illustré d’histoire de la littérature française. Édition complétée pour la période 1919-1950, Paris, Classiques Hachette, 1953, 984 p. Ill.

«Mme de Staël (1766-1817) fut la théoricienne de l’esprit nouveau. Elle était d’origine suisse. Elle rêvait de fonder à Paris un salon littéraire et politique; à trois reprises ses efforts échouèrent et Napoléon, qui l’avait prise en haine, finit par la reléguer et l’isoler à Coppet. Elle s’en évada, et vécut en pays ennemi jusqu’à la fin de l’Empire. Cœur très ardent, elle se rattache à Rousseau; mais elle a le culte de la raison autant que Voltaire. Elle représente donc le XVIIIe siècle tout entier.

[…]

Le style de Mme de Staël vaut surtout par ses qualités intellectuelles et par le mouvement passionné qui l’entraîne.

Mme de Staël et Chateaubriand ont cru n’avoir pas grand chose en commun. En réalité, malgré l’opposition de leurs tempéraments et de leurs principes, ils ont poussé tous les deux la littérature dans le même sens. Mme de Staël a fourni aux romantiques des idées, des théories, une critique; de Chateaubriand, ils ont reçu un idéal, des jouissances et des besoins. Elle a défini, il a réalisé» (p. 506).

«Le style de Mme de Staël. Mme de Staël n’est pas artiste; elle ne sait pas peindre. Ses créations romanesques manquent de relief, ses descriptions sont froides et ternes; le verbe est souvent inexpressif, l’épithète incolore. (Comparez la description de la campagne romaine dans Corinne et dans la lettre de Chateaubriand à Fontanes.) Sensations et sentiments, elle convertit tout en notions intelligibles : par là elle reste dans la pure tradition du XVIIIe siècle. — Sa phrase vaut surtout par les qualités intellectuelles : la netteté, la fermeté. Il faut y ajouter une ampleur souvent oratoire; causeuse admirable, elle transporte dans le style les qualités de sa conversation, qui était passionnée, volontiers enthousiaste; elle a le mouvement, à défaut de la couleur; et elle émeut souvent, quand elle est émue. Alors sa phrase, sans cesser d’être abstraite, s’anime, s’échauffe, et acquiert un rayonnement singulier» (p. 513, «Sixième partie. Le XIXe siècle. Chapitre II. La préparation du romantisme. Mme de Staël»).


Lagarde, André et Laurent Michard, XIXe siècle. Les grands auteurs français du programme, Paris, Bordas, coll. «Collection littéraire Lagarde et Michard», V, 1967, 576 p. Ill.

«Mme de Staël. Mme de Staël et la France. LA FILLE DE NECKER. Fille du riche banquier genevois qui sera plus tard ministre de Louis XVI, Germaine Necker naît à Paris en 1766. Dans le salon de sa mère, elle fait paraître une intelligence extrêmement précoce et se montre disciple enthousiaste des philosophes (Lettre sur le caractère et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, 1788). En 1786 elle épouse le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à Paris, à qui elle donnera trois enfants.

POLITIQUE ET LITTÉRATURE. Sous la Révolution, qu’elle accueille avec joie, Mme de Staël tente de jouer un rôle de premier plan dans la politique française. Cherchant un homme capable d’appliquer ses idées, elle pousse Narbonne au ministère, puis songe à Talleyrand. Après un voyage en Angleterre, elle séjourne à Coppet, en Suisse, dans le domaine de son père, et rencontre Benjamin Constant (1794) : c’est le début d’une liaison orageuse qui ne sera définitivement rompue qu’en 1808 […].

Mme de STAËL ET NAPOLÉON. Dès son retour à Paris en 1797, Mme de Staël a discerné le génie de Bonaparte. Elle voudrait devenir son égérie, mais Bonaparte est un des rares hommes qui soient restés insensibles à l’éloquence passionnée de cette femme laide et pourtant séduisante» (p. 13).

«Mme de Staël et le romantisme. UNE HÉROÏNE ROMANTIQUE. Dans sa personne, dans sa vie et dans son œuvre, Mme de Staël unit à l’héritage du XVIIIe siècle toutes les grandes aspirations romantiques.

Raisonneuse, douée au fond de sens pratique, elle conserve le goût du XVIIIe siècle pour les idées abstraites et les systèmes logiques; mais elle est enthousiaste, passionnée, exaltée jusqu’au délire. Sa vie errante est un perpétuel orage; partout où elle passe, elle déchaîne le scandale ou l’adoration. Pour peindre l’âme romantique, il lui suffit de se considérer elle-même et de s’épancher, ce qu’elle fait dans ses romans. Elle y exprime son expérience de la passion, ses revendications féministes, sa soif de liberté, son instinct de domination; même les événements de sa vie y sont aisément reconnaissables, seul le dénouement est beaucoup plus mélodramatique que la réalité» (p. 14, «Madame de Staël»).


Saulnier, Verdun-L., la Littérature française du siècle philosophique, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 128, 1967 (8e édition), 135 p.

«Mme de Staël (1766-1817). — L’exilée d’Allemagne résume assez bien son siècle : siècle de salons (elle a paru au salon de sa mère et reste toute sa vie amoureuse de conversations), siècle de philosophes (elle donne dès 1789 des Lettres sur Rousseau). Du siècle raisonneur et sentimental, elle retient d’ailleurs l’aspect cosmopolite plus que l’aspect “citoyen”. Elle fera le bilan de son enquête allemande dans De l’Allemagne (1810). Pour l’instant elle fait l’apologie de la passion (Delphine, 1802; Corinne, 1806; De l’influence des passions, 1796).

De la littérature (1800), un livre inspiré de Montesquieu, dit la relativité du goût : la littérature est sous la dépendance de la religion, des mœurs et des lois, et réciproquement. Il pose l’antithèse fameuse des “littératures du Midi” et des “littératures du Nord”, nées de climats différents. Là, les littératures méditerranéennes, Homère, la fixité et l’intensité du sentiment, les contours arrêtés; ici, les littératures nordiques, Ossian, la dispersion du sentiment, la rêverie mélancolique. L’antithèse est reprise sur nouveaux frais dans l’Allemagne : le Nord, c’est le Moyen Âge, le christianisme, la chevalerie, la littérature romantique; le Midi, c’est l’antique, le paganisme, les institutions gréco-romaines, la littérature classique. Chez nous, la littérature classique est “transplantée” : il faut revenir à la littérature indigène, qui est romantique.

[…]

L’œuvre de Mme de Staël, fille du XVIIIe siècle, s’évente un peu; ses romans à cause de René; ses livres de théorie pendant la bataille romantique : l’information se renouvelle, et il lui manque le divin style. Chateaubriand l’“enchanteur”, sachem du romantisme, sera le père du XIXe siècle. Reprenons la formule dont Goethe se servait pour opposer Rousseau à Voltaire : avec Mme de Staël c’est un monde qui finit; avec Chateaubriand, c’est un monde qui commence» (p. 121-123, «Les émigrés»).


Vier, Jacques, «La prose d’idées au XIXe siècle», dans Raymond Queneau (édit.), Histoire des littératures. III. Littératures françaises, connexes et marginales, Paris, Gallimard, coll. «Encyclopédie de la Pléiade», 7, 1978 (nouvelle édition), p. 1117-1226.

«Le livre [De la littérature, 1800] s’imposa par ses allègres ignorances et son prophétisme simplet. L’auteur feignait d’y chercher en vain une littérature sentimentale en France, méconnaissait le mécénat royal et improvisait un Moyen Âge de convention; on pouvait même suspecter ses tableaux d’un Nord idyllique pourtant mieux connu d’elle que ce Midi où Corinne n’ira que plus tard se faire adorer. Mais elle n’a pas sa pareille pour jeter les idées à la volée, éparpiller les suggestions, désorganiser les routines, aérer les académies et les musées. Elle est femme après tout, et les tempêtes que l’égoïste René convoque à son usage exclusif, elle les utilise pour faire le ménage. Mais elle a la manie de changer les bibelots de place» (p. 1130, «La prose d’idées au XIXe siècle. Deux plaques tournantes. Germaine Necker, baronne de Staël»).


Goldzink, Jean, le XVIIIe siècle, Paris, Bordas, coll. «Histoire de la littérature française», 1988, 222 p.

«Sans renier les principes essentiels des Lumières, sans les figer non plus, Mme de Staël propose quant à elle de régénérer la société révolutionnée, mais aussi la littérature (De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, 1800). C’est à ses deux romans (Delphine, 1802, Corinne, 1807) qu’il reviendra, sous l’Empire, de scruter l’échec et l’incomplétude des individus acculés au suicide par les préjugés collectifs» (p. 103, «La force des formes. Le mal du siècle»).


Balibar, Renée, Histoire de la littérature française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2601, 1993 (deuxième édition corrigée), 127 p.

«Le nationalisme reçoit une impulsion décisive de la Révolution française. En 1800 sort à Paris un livre dont le titre était à lui seul un trait de génie, faisant coupure avec l’Art poétique d’Ancien Régime et faisant programme pour les hommes issus de la Révolution : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales. Ouvrage complété par un autre essai de critique littéraire dont le titre, retentissant lui aussi, indiquait une nouvelle source de pensée : De l’Allemagne. Leur auteur, Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein (1766-1817, illustrant le mouvement des idées en Europe aussi bien par sa vie privée et par ses romans que par ses théories), déclarait […]» (p. 86-87, «La libre communication. Les romans XIXe-XXe siècles»).


Delon, Michel et Pierre Malandain, Littérature française du XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Premier cycle», 1996, x/521 p.

«La Révolution détermine également l’engagement politique de la fille de Necker, Germaine de Staël, et de Benjamin Constant qui l’a rencontrée en 1794. La première lance des Réflexions sur le procès de la reine (1793) qui proposent un point de vue féministe sur l’événement, mais ne publie pas Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution (1796) qui prennent parti en faveur de la république parlementaire. Dans De la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier (1796), Benjamin Constant s’engage dans le même sens. Des réactions politiques, l’année suivante, s’interrogent sur les mouvements de balancier de l’histoire et sur la difficulté de passer de l’arbitraire à des principes constitutionnels. Les convictions protestantes de Mme de Staël l’empêchent de se reconnaître dans l’idéologie. Lorsqu’elle publie en 1800 De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, beaucoup croient que son traité réconcilie enfin les Lumières et la morale religieuse, les acquis de la Révolution et le sens de la Tradition. L’écrivain est investi d’une fonction essentielle pour que la perfectibilité devienne progrès, c’est-à-dire pour qu’advienne la société libérale que Mme de Staël et ses amis appellent de leurs vœux. Mais la France des lendemains du coup d’État se reconnaîtra plutôt dans le Génie du christianisme de Chateaubriand et préférera les certitudes du passé à l’idée de perfectibilité» (p. 484-485, «Seconde partie : 1750-1802. Les Lumières militantes. 13 — La littérature de la Révolution et de l’émigration. Les idées à l’épreuve des faits»).


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