Site de Benoît Melançon / Thèses canadiennes en littérature française du XVIIIe siècle


Lafrance, Geneviève, «Bienfaisance et Révolution. L’imaginaire du don chez Isabelle de Charrière, Gabriel Sénac de Meilhan, Joseph Fiévée et Germaine de Staël», Montréal et Paris, Université de Montréal et Université de Paris IV-Sorbonne, thèse de doctorat en cotutelle, octobre 2007, ix/387 p. Dir. : Benoît Melançon (Université de Montréal) et Michel Delon (Université de Paris IV-Sorbonne).


«La bienfaisance est le bonheur de la vertu; il n’y en a point de plus assuré et de plus grand sur la terre.» Signée par Bernardin de Saint-Pierre un an avant la prise de la Bastille, cette profession de foi témoigne des idéaux d’une époque qui crut trouver dans la bienfaisance une véritable panacée. Gage de mérite et de félicité, tant individuelle que collective, cette volonté de faire du bien aux autres intégra le credo révolutionnaire, celui des politiques comme celui des hommes de lettres. Au lendemain de la Terreur, plusieurs romanciers laissèrent cependant poindre dans leurs œuvres l’idée selon laquelle la bienfaisance pouvait s’avérer une dangereuse pratique. Isabelle de Charrière, Sénac de Meilhan, Joseph Fiévée et Mme de Staël furent au nombre de ceux qui mirent au jour ses limites et ses écueils. Essentiellement consacrée à la lecture de cinq romans – Trois femmes, L’Émigré, La Dot de Suzette, Delphine et Corinne –, cette thèse analyse les enjeux de la bienfaisance quand elle est pensée en fonction des donataires, facilement menacés dans leur amour-propre par les secours qu’on leur prodigue. Après que la Révolution eut réduit une large part de la noblesse à vivre des bontés qu’on daignait avoir pour elle, les romanciers souhaitant raconter ses déboires durent imaginer des dons susceptibles de ne pas accuser la déchéance de personnages qui, sous l’Ancien Régime, affirmaient leur supériorité au moyen des largesses qu’ils répandaient. En faisant envisager les présents et les soins du point de vue de ceux qui les reçoivent, ils alimentèrent une réflexion qui déborda largement, en ces années, le cadre de leurs écrits : les rapports sur l’assistance publique commandés par l’Assemblée constituante, les nouvelles lois sur les successions et sur les donations participèrent également d’une réévaluation des critères en fonction desquels apprécier la valeur des dons. Lus en contrepoint, ces textes éclairent les raisons pour lesquelles de nombreux héros post-thermidoriens donnèrent et reçurent abondamment, mais le plus souvent avec circonspection.

Mots clés : Littérature française • Révolution française • XVIIIe siècle • XIXe siècle • Roman • Philanthropie • Legs • Dot • Sociocritique

Prix d’excellence de l’Académie des grands Montréalais dans la catégorie Sciences humaines et sociales, arts et lettres (2008)

Candidate de l’Université de Montréal au concours de la meilleure thèse de la Northeastern Association of Graduate Schools (2008-2009)


Publication

Couverture de Genevieve Lafrance (2008)
Lafrance, Geneviève, Qui perd gagne. Imaginaire du don et Révolution française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Socius», 2008, 357 p. ISBN : 978-2-7606-2131-2. (34,95 $ / 31 euros)


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